Réquisitoire contre Charles Taylor devant le Tribunal spécial pour la Sierra Leone

8 février 2011 à 19h41 par La rédaction

LEIDSCHENDAM (Pays-Bas) (AFP)

 La procureure Brenda Hollis a dénoncé mardi la "cupidité" de Charles Taylor, responsable, selon elle, d'"atrocités" alors que l'ex-président du Liberia a décidé à la mi-journée de ne plus assister au réquisitoire devant le TSSL, près de La Haye.

"Toutes ces atrocités pour assouvir la cupidité et la soif de pouvoir de Charles Taylor", a regretté la procureure, en détaillant les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité dont Charles Taylor répond devant le Tribunal spécial pour la Sierra Leone à Leidschendam.

La procureure avait entamé son réquisitoire en l'absence de l'avocat de la défense, Courtenay Griffiths.Celui-ci avait quitté la salle d'audience pour protester contre le refus des juges d'accepter le document final reprenant les arguments de la défense, déposé avec vingt jours de retard.

Après une pause à la mi-journée, l'accusé n'est pas revenu dans le box."Il a dit qu'il était très affecté et avait besoin de repos", a expliqué une responsable du tribunal, Claire Carlton-Hanciles.La présidente a décidé de poursuivre l'audience.

L'ancien président du Liberia, âgé de 62 ans, est accusé d'avoir fourni armes et munitions en échange de diamants aux rebelles du Front révolutionnaire uni (RUF) durant la guerre civile en Sierra Leone (1991-2001), qui avait fait 120.000 morts.Le jugement est attendu mi-2011.

"Charles Taylor porte la plus grande responsabilité dans les crimes horribles commis contre la population de Sierra Leone à travers la campagne de terreur dont elle a été la cible", a affirmé la procureure.

"Il a dirigé, instauré, alimenté et soutenu la campagne de terreur", a soutenu Mme Hollis, "pour contrôler de force la population et le territoire de Sierra Leone (...) et pour piller les ressources, en particulier les diamants".

L'ex-président du Liberia "profitait des diamants et du sang de la population de Sierra Leone", a renchéri Nicolas Koumjian, du bureau du procureur : "c'est à cause des diamants que la guerre a été sponsorisée".

 "Les diamants allaient à Charles Taylor et Charles Taylor entretenait les atrocités qui étaient commises", a-t-il ajouté.

Courtenay Griffiths, l'avocat de l'accusé, a annoncé mardi matin qu'il ne prononcerait pas sa plaidoirie, prévue mercredi, tant que l'appel qu'il a interjeté contre la décision des juges de rejeter son document final n'aurait pas été examiné.

"Nous ne pensons pas qu'il soit approprié pour nous de participer" au réquisitoire, a-t-il dit aux juges.La présidente a ordonné la poursuite de l'audience, soulignant que le procès avait déjà enregistré "beaucoup trop de retards".

Le procès de Charles Taylor, premier chef d'Etat africain poursuivi par la justice internationale, s'était ouvert en janvier 2008 aux Pays-Bas, où il a été délocalisé pour des raisons de sécurité.

L'ancien président du Liberia aurait offert plusieurs diamants du RUF au mannequin britannique Naomi Campbell après un dîner en Afrique du Sud organisé en 1997 par Nelson Mandela, selon l'ancien agent du top model.

Charles Taylor nie avoir reçu des diamants du RUF et plaide non coupable de onze chefs d'accusation --pour crimes contre l'humanité et crimes de guerre--, notamment meurtres, viols et enrôlement d'enfants soldats.