Soudan du Sud: ouverture de négociations sur un cessez-le-feu

Par La rédaction

Addis Abeba (AFP)

Des négociations sur un cessez-le-feu au Soudan du Sud se sont ouvertes vendredi à Addis Abeba pour mettre fin à près de trois semaines de combats meurtriers qui s'intensifient, l'armée gouvernementale disant progresser vers la ville stratégique de Bor.

"Nos forces sont suffisantes pour vaincre les rebelles dans les 24 heures", a dit à la presse le porte-parole de l'armée, Philip Aguer, ajoutant que "les rebelles étaient en train de se replier" de la ville qu'ils avaient reconquise mardi.

Des combats intenses, impliquant des chars et de l'artillerie, se déroulent dans les environs de Bor, selon certaines informations, une ville située à 200 km de Juba, la capitale, et qui a changé trois fois de mains depuis le début du conflit à la mi-décembre.

Devant la détérioration de la situation sur le terrain malgré le début des négociations, les Etats-Unis ont décidé de poursuivre l'évacuation de leurs ressortissants tandis que les Nations unies appelaient les combattants à épargner les civils.

"Les négociations ont commencé" avec les émissaires du président Salva Kiir et de son rival et chef de la rébellion, l'ex-vice président Riek Machar, qui séjournent dans un même hôtel, a déclaré le ministère éthiopien des Affaires étrangères dans un communiqué.

Les deux parties rencontrent dans un premier temps des représentants des pays de la région.Des pourparlers directs entre les deux camps dont l'affrontement depuis le 15 décembre a fait des milliers de morts et quelque 200.000 déplacés ne devraient pas débuter avant samedi au plus tôt.

L'Igad, l'Autorité intergouvernementale pour le développement en Afrique de l'Est qui chapeaute les discussions, "s'est engagée à soutenir (les négociations) par tous les moyens possibles", ajoute le texte.

Les pourparlers doivent d'abord porter sur la mise en �?uvre d'un cessez-le-feu puis sur une solution aux différends politiques à l'origine de la confrontation.

"Nous participons aux discussions parce que nous voulons la paix pour notre peuple même si les groupes rebelles n'ont pas accepté une cessation des hostilités", a dit le gouvernement dans un communiqué publié jeudi soir.

Mardi, M. Machar avait exclu auprès de l'AFP un cessez-le-feu dans l'immédiat et un tête-à-tête avec le président Kiir.

Capitale de l'Etat du Jonglei, Bor est une des zones les plus touchées par les combats qui auraient déjà fait des milliers de morts et déplacé quelque 200.000 personnes.

Plusieurs milliers de personnes y ont trouvé refuge sur les bases de l'ONU et des dizaines de milliers d'autres ont fui la ville en traversant le Nil blanc infesté de crocodiles.

L'ambassade des Etats-Unis à Juba a appelé vendredi les ressortissants américains à quitter le pays et décidé de réduire davantage son personnel en raison de la dégradation de la sécurité. 

Nouvelles évacuations d'Américains

Un nouveau vol d'évacuation "vers le pays voisin sûr le plus proche" sera organisé vendredi et les services consulaires seront fermés à partir de samedi, précise un communiqué.

"Le Département d'Etat a ordonné une nouvelle réduction du personnel de l'ambassade des Etats-Unis à Juba à cause de la détérioration de la sécurité", ajoute-t-il.

La situation a également amené le responsable humanitaire de l'ONU au Soudan du Sud à demander aux soldats gouvernementaux comme aux rebelles d'épargner les civils et de permettre de leur apporter une aide dans un contexte qu'il a décrit comme "critique".

"Toutes les parties au conflit ont la responsabilité de faire en sorte que les civils soient épargnés par les combats", a dit Toby Lanzer dans un communiqué, appelant les bélligérants "à faciliter l'aide des agences aux civils et à protéger et respecter les activités humanitaires".

Les négociateurs avaient commencé à arriver mercredi dans la capitale éthiopienne, en réponse à un ultimatum de l'Igad s'achevant au 31 décembre, mais le début des pourparlers avait été retardé pour que les délégations soient complètes.

Le conflit déchire ce pays indépendant depuis 2011 seulement et né d'une partition du Soudan au terme d'une longue guerre civile.

Les troupes rebelles sont notamment actives dans le Nord, région pétrolière, et dans l'Est.

Les combats ont commencé quand M. Kiir a accusé M. Machar -limogé de son poste en juillet 2013- d'avoir tenté un coup d'Etat.

M. Machar a rejeté cette accusation, accusant en retour le président d'avoir voulu éliminer ses rivaux.

La rivalité politique se double d'un conflit entre ethnies.