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Soudan: violences avant la phase finale des discussions sur la transition

15 mai 2019 à 18h47 Par AFP
Des tirs ont éclaté mercredi autour des lieux de protestation à Khartoum faisant des blessés peu avant la phase finale des discussions sur l'échafaudage des institutions devant conduire le Soudan à un pouvoir civil.

Ce sit-in devant le QG de l'armée dans la capitale soudanaise, dans le prolongement de la contestation déclenchée en décembre, a débuté le 6 avril pour réclamer le départ du président Omar el-Béchir, destitué par l'armée cinq jours plus tard.Les manifestants réclament aujourd'hui au Conseil militaire qui lui a succédé de céder le pouvoir.

"Il y a huit blessés par balle au moins", a déclaré un porte-parole du mouvement de contestation, Amjad Farid, sans être en mesure de préciser l'origine des tirs ou si les personnes touchées étaient des manifestants.

Aussitôt après ces violences, l'Association des professionnels soudanais (SPA), un pilier de la contestation, a appelé à la mobilisation en demandant, dans un communiqué, aux Soudanais de montrer leur "soutien aux manifestants" en les rejoignant dans leur sit-in devant le QG de l'armée dans la capitale soudanaise.

Elle a en même temps exhorté les manifestants à "garder le caractère pacifique de leur mouvement et à éviter tout affrontement".

Selon des témoins, de nombreuses personnes ont été blessées dans des tirs contre les manifestants."Il y a eu des tirs au niveau du Boulevard du Nil et autour du sit-in", a indiqué à l'AFP l'un d'eux, Mohammed Dahab, un volontaire dans une clinique de fortune installée en face du QG.

Des violences ont déjà eu lieu lundi dans le secteur du sit-in au cours desquelles cinq manifestants et un militaire ont péri.

L'Alliance pour la liberté et le changement (ALC), fer de lance de la contestation, et Washington ont imputé ces violences à l'armée mais le Conseil militaire a dit qu'elles étaient le fait d'"éléments infiltrés", cherchant à faire dérailler le processus politique.

- Progrès - 

Ce processus a enregistré d'importants progrès depuis lundi et la dernière phase des discussions entre le Conseil militaire et l'ALC prévue en soirée doit porter sur la composition d'un Conseil souverain, l'une des trois institutions de la période de transition fixée à trois ans.

Les négociations portent sur la mise en place des institutions devant préparer le transfert de tous les pouvoirs à une autorité civile.

Selon un accord entre militaires et meneurs de la contestation, un Conseil souverain, un cabinet et une assemblée législative seront mis en place pour gérer  la période de transition.

Les six premiers mois de cette période seraient consacrés à conclure des accords de paix avec les mouvements rebelles dans l'ouest et le sud du Soudan.

La physionomie de l'assemblée législative a été également définie.Elle devrait être composée de 300 membres dont 67% seront désignés parmi l'ALC.Le reste des sièges sera réservé aux représentants des forces politiques non affiliées à cette alliance.

- "Pleins pouvoirs" -

Un leader de la contestation, Khaled Omar Youssef, a minimisé le rôle qu'aura à jouer le Conseil souverain, insistant sur le fait que le pays disposera d'un gouvernement puissant. 

"Le cabinet aura les pleins pouvoirs et sera formé par l'ALC", a-t-il déclaré à l'AFP, ajoutant que l'alliance pourrait faire appel à des technocrates."Seuls les ministères de la Défense et de l'Intérieur iront aux militaires".

M. Youssef a insisté sur la nécessité d'avoir un Conseil souverain composé essentiellement de civils alors que les généraux souhaitent qu'il soit dominé par les militaires.

En annonçant mercredi avant l'aube les avancées dans les discussions, le général Yasser Atta s'est montré optimiste."Nous promettons à notre peuple un accord (final) en moins de 24 heures de manière à répondre à ses aspirations".

Les Emirats arabes unis, attentifs à l'évolution de la situation au Soudan et qui se sont associés à l'Arabie saoudite pour lui apporter une aide de 3 milliards de dollars, se sont félicités des progrès.

Ce processus "met le Soudan sur la voie de la stabilité et du redressement après des années de dictature de Béchir et des Frères (musulmans)", a tweeté son ministre d'Etat aux Affaires étrangères, Anwar Gargash.

Une profonde crise économique a alimenté la contestation déclenchée le 19 décembre et le triplement du prix du pain a mis le feu aux poudres.