Sur la côte kényane, les touristes sont rares et les hôteliers inquiets

4 mars 2013 à 10h45 par La rédaction

MOMBASA (Kenya) (AFP) - (AFP)

Abdul Mabra arpente le sable blanc de la côte kényane avec son dromadaire George, impatient que le processus électoral débuté lundi s'achève.Depuis trois jours, dit-il, il n'a eu aucun client: les touristes boudent la région de Mombasa (est), de peur de nouvelles violences.

"C'est très calme ici, parce que je sais que les gens ont peur des élections," glisse-t-il, espérant toutefois que les élections de lundi -- présidentielle, législatives, locales -- ne déboucheront sur aucune violence.

Le dernier scrutin, fin 2007, avait été le théâtre de terribles violences: plus de 1.000 personnes avaient trouvé la mort, des centaines de milliers d'autres avaient été déplacées.

Lundi, le vote à Mombasa a été précédé d'affrontements entre membres des forces de l'ordre et présumés séparatistes.Selon la police, au moins 12 personnes sont décédées, dont six policiers.Mais le scrutin semblait depuis se dérouler sans incident.

"Les clients sont partis, craignant pour leur vie," estime Duncan Osando, réceptionniste au complexe hôtelier Sentido. "J'ai dû fermer mon tour operator," témoigne Abdulrahman Sherif Hassan, qui dit avoir licencié douze personnes. "Beaucoup d'entre nous remplissons, en moyenne, à hauteur de 50%", constate Mohammed Hersi, président de l'association du tourisme de Mombasa et de la côte.

Hassan Ali, un vendeur de T-Shirt et de sculptures sur bois pour touristes, se souvient comment les affaires se sont effondrées il y a cinq ans à l'issue des précédentes élections.Et à quel point les touristes ont été lents à revenir.

Des inconditionnels fidèles

Au Kenya, l'industrie du tourisme est la seconde source de revenus en devises étrangères, après l'horticulture.La côte assure à elle seule plus de la moitié des rentrées du pays, rappellent les professionnels locaux.

Il y a cinq ans, le complexe hôtelier Whitesand, géré par M. Hersi, avait vu ses recettes fondre de 60% en une nuit.Il n'a repris une activité normale que mi-2008, au prix d'une importante campagne marketing. Mais ces gains pourraient très vite refondre si les scrutins tournent de nouveau mal."Vous devez d'abord être en paix avec vous-même avant d'inviter qui que ce soit," reconnaît M. Hersi.

La côte kényane a malgré tout ses inconditionnels, des touristes qui chaque saison reviennent, et refusent d'entrer dans une logique de peur.

"Il y a cinq ans, nous étions là pour les élections et il n'y a pas eu de problème," se souvient Siegried Beelletz.Cette habituée allemande, qui comme les autres s'exprimait avant le vote, n'a pas avoir l'intention de sortir de l'hôtel ce lundi.Pas besoin: "la plage est là".

Anders Andree, qui se décrit comme un "petit homme politique en Suède", compte en revanche aller faire un tour dans les rues de Mombasa, pas pour visiter les sites classés au patrimoine de l'Unesco, mais pour voir comment se déroule le vote.

Certains sont mêmes furieux de la représentation donnée par les médias occidentaux des événements il y a cinq ans.

"Ils ont fait (de la côte) une zone de guerre," déplore Ann Cutts, touriste britannique."Eldoret (ouest), où ils avaient brûlé femmes et enfants vivants dans une église, est à des centaines de kilomètres d'ici (...) Vous verrez que les médias vont diffuser en boucle les mêmes images, même s'il n'y a que quelques poches de violences."

M. Hersi, lui aussi, garde de cette couverture médiatique un goût amer. "En 2007 et 2008, aux pires moments, pas un seul touriste n'a été visé," lance-t-il."Les Kényans connaissent la valeur du tourisme."