Zimbabwe: Après ses tweets offensant le pouvoir, un journaliste chante

2 février 2021 à 15h45 par AFP

AFRICA RADIO

Emprisonné trois fois en six mois pour des tweets dénonçant le pouvoir zimbabwéen, le journaliste Hopewell Chin'ono a répété qu'il ne céderait pas: il a désormais choisi un air de reggae pour poursuivre sa croisade avec humour.

Le provocateur au visage impassible jubile, l'étincelle au coin de l'oeil le trahit, sur la courte vidéo qu'il fait circuler depuis dimanche: Ce fan de Bob Marley chante en boucle "Dem loot" (ils pillent), dont le couplet liste les effets désastreux de la corruption d'Etat sur la vie des profs, des soignants, sur l'état des routes...Le clip, devenu viral, a engendré sur Twitter un #DemLootChallenge, les internautes se mettant spontanément à adapter leur propre version de la ritournelle.Chanteuse de jazz accompagnée d'une guitare sèche dans sa chambre, musicien de studio a cappella à la façon des choeurs sud-africains ou encore une reprise au mbira, instrument traditionnel fait de lamelles métalliques qu'on joue avec les pouces.Le lanceur d'alerte, primé plusieurs fois pour son travail journalistique, chante un mélange de pidgin jamaïcain et de shona, principale langue du pays."Les hôpitaux sans médicaments, dem loot, la jeunesse sans emploi, dem loot, pas d'eau à boire dans les townships, dem loot, dem loot...", croone Chin'ono dans cet enregistrement "improvisé, comme ça", seulement trois jours après sa libération conditionnelle.Il a passé trois semaines dans une prison de sécurité maximale, une nouvelle fois dans la section réservée aux meurtriers et violeurs, pour un tweet politique contre les autorités. "Une volonté de m'humilier", dit-il à l'AFP."J'étais dans mon bureau et j'ai commencé à chantonner, à compresser dans ma tête tout ce à quoi j'avais pensé dans la journée. C'est une blagounette du dimanche", raconte-t-il au téléphone."Je ne dis rien dans la chanson que je ne radote tous les jours sur les réseaux sociaux. J'ai ajouté une mélodie, un rythme" et puis "le reggae c'est la musique de la révolte d'avant l'indépendance", une référence pour les Zimbabwéens.Le journaliste avait été arrêté une première fois en juillet pour avoir appelé à manifester contre la corruption, puis en novembre pour un tweet sur un trafic d'or impliquant des membres de l'élite politique.En attendant son procès, il a été sommé de remettre son passeport et les titres de propriété de sa maison à Harare. Le tribunal lui interdit aussi d'utiliser son compte Twitter pour "inciter à manifester".