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Manifestations en Iran : "Le régime est paniqué, il n’est capable que de tirer dans la foule", selon le chercheur Bernard Hourcade

Actus. Bernard Hourcade est directeur de recherche émérite au CNRS, directeur du Centre de Recherche sur le Monde Iranien, membre du comité de rédaction du magazine en ligne Orient XXI. Il était l’invité d’Africa Radio mardi 13 janvier 2026 à 07h45.

Manifestations en Iran : "Le régime est paniqué, il n’est capable que de tirer dans la foule", selon le chercheur Bernard Hourcade
Bernard Hourcade - Dimitri Galitzine

Les manifestations contre le régime iranien se poursuivent malgré la répression et le black-out d’internet. Selon l’ONG HRANA, le mouvement a fait près de 580 morts et 10 000 arrestations. Pour Bernard Hourcade, spécialiste de l’Iran et directeur de recherche émérite au CNRS, ces événements marquent un tournant dans la confrontation entre le pouvoir et la population, tout en soulignant la solidité mais aussi les divisions internes de la République islamique. 

Ecoutez Bernard Hourcade

Une contestation inédite dans l’affrontement avec les forces de l’ordre 

Selon l’ONG HRANA, le mouvement aurait causé la mort de plusieurs dizaines de policiers, une première dans les vagues de contestation précédentes. « Hélas, en matière de nombre de morts, c’est comparable, même plus important que d’habitude, mais il faut se méfier des chiffres. Pour l’instant, on ne sait pas trop, mais il y a un élément important : parmi les forces de l’ordre, il y a pas mal de victimes, plusieurs dizaines. Cela, c’est tout à fait nouveau. Les manifestants n’hésitent pas à affronter les forces de police alors qu’auparavant, ce n’était pas le cas », explique Bernard Hourcade.

Répression et black-out : signe de panique ou de contrôle ? 

Malgré un black-out quasi total d’internet, les images de manifestations circulent, témoignant de l’ampleur du mouvement. « Il est évident que le régime est paniqué, affolé, et n’est capable que de tirer dans la foule. Cette répression peut être négative et contre-productive pour le gouvernement. Il y a parmi les gens au pouvoir de bons musulmans pour qui la répression et la mort n’est pas la solution. La République islamique a plusieurs fois fait des massacres, et cela s’est mal passé politiquement », analyse le chercheur. 

Le régime peut-il encore tenir ? 

Malgré la contestation, Bernard Hourcade souligne la solidité institutionnelle et la diversité interne du gouvernement iranien. « Le gouvernement est là depuis 47 ans, il est solide, a des moyens de répression et des moyens politiques, et il est aussi divers. Mais le gouvernement n’est pas unifié, c’est là la question principale. Il peut tenir ainsi, mais la question est de savoir comment en sortir, quelles sont les solutions politiques. » Il rappelle également l’absence d’une opposition unifiée comparable à celle de 1978 contre le Shah : « Les oppositions internes sont réprimées, et celles en exil ont été incapables de s’unir depuis 50 ans. Il n’y a pas aujourd’hui de mouvement consensuel capable de rassembler les différentes forces d’opposition. » 

A lire aussi et écouter : Conflit Israël-Iran : "Les Iraniens vivent dans une peur invraisemblable" selon la sociologue franco-iranienne Azadeh Kian

L’impact limité de Reza Pahlavi 
  

Le fils du Shah, Reza Pahlavi, figure de l’opposition en exil, suscite un certain intérêt parmi les manifestants, mais reste politiquement marginal. « Il a un impact réel, on l’a vu dans les manifestations, mais depuis 50 ans, il n’a rien fait pour vraiment s’implanter en Iran. Il n’a pas de réseau ou de relais sur le terrain ; il existe surtout parce que c’est le seul nom connu dans l’opposition », précise Bernard Hourcade

Une intervention militaire américaine exclue 

Enfin, le spécialiste balaie la possibilité d’une action militaire américaine mais ouvre la porte à la diplomatie : « Une intervention militaire est exclue, mais des négociations oui. Les Iraniens n’ont jamais cessé de garder le contact avec les Américains. Donald Trump, qui a pris le pétrole du Venezuela, regarde le pétrole et le gaz iranien avec beaucoup d’intérêt pour contrôler plus de 50 % de la production mondiale de pétrole. » 
 
 
 



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