Le Togo a remis mercredi aux autorités burkinabè l’ancien président de transition Paul-Henri Sandaogo Damiba, exilé à Lomé depuis 2022. Selon Mohamed Madi Djabakaté, politologue togolais, cette extradition illustre la stratégie régionale de Faure Gnassingbé, visant à consolider son rôle dans le Sahel, tout en créant un précédent sensible pour la protection des exilés politiques.
Ecoutez Mohamed Madi Djabakaté
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Une manœuvre stratégique de Faure Gnassingbé
Pour Mohamed Madi Djabakaté, l’extradition de Damiba est avant tout un geste politique et diplomatique : « Aujourd’hui, Faure Gnassingbé, au fil des ans, a réussi à s’imposer comme le parrain de l’AES et l’homme d’interface. Il voulait maintenir cette relation de confiance privilégiée avec l’organisation. Il n’y avait pas meilleur acte que celui-ci pour réchauffer ses relations qui avaient été fragilisées depuis la dernière tentative de coup d’État". Le Togo se positionne ainsi comme un acteur central du Sahel, capable de servir d’intermédiaire entre les juntes souverainistes et les autres pays de la région.
Extradition : Damiba remis aux autorités burkinabè
— Burkina 24 (@burkina24) January 20, 2026
Les autorités togolaises ont exécuté une demande d’extradition du Burkina Faso visant Paul-Henri Sandaogo Damiba. pic.twitter.com/BziWENUQTD
Un précédent dangereux pour les exilés politiques
Le politologue souligne aussi les risques que cette décision fait peser sur l’ensemble de la région : « Le Togo pose un précédent très dangereux, surtout dans un contexte où Damiba se trouvait dans le pays justement pour éviter ce genre de situation. En revenant sur sa parole, le Togo envoie un mauvais message pour les autres pays : demain, personne ne sera à l’aise de s’exiler au Togo. Pour Damiba, on parle quand même d’un ancien chef d’État, un ancien président de la transition, qu’il était putschiste ou pas. »
Pourquoi maintenant ? Un reproche de « profil bas »
L’extradition intervient après plus de deux ans d’exil à Lomé. Selon Djabakaté, le Togo reproche à Damiba de ne pas avoir respecté certaines consignes : « Selon plusieurs sources, les autorités togolaises ont dit à Damiba qu’il n’a pas fait profil bas, alors que Lomé lui avait demandé de rester calme et de ne pas s’intéresser à ce qui se passe au Burkina. Il ne l’a pas fait. »
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Des intérêts diplomatiques et économiques clairs
Au-delà du symbole, cette décision sert les ambitions régionales et économiques du Togo : « L’accès est très important pour les pays de l’AES, surtout avec les sanctions de la CEDEAO et les tensions avec Abidjan, Cotonou et, dans une certaine mesure, Dakar. Lomé reste un lieu d’accès stratégique pour ces pays, et c’est dans l’intérêt de Faure Gnassingbé. Pour le Togo, c’est une diplomatie d’opportunisme. »
En livrant Damiba, le Togo consolide ainsi sa position de carrefour stratégique dans le Sahel, tout en renforçant sa relation privilégiée avec l’AES et en affichant sa capacité à peser dans les affaires régionales.
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