Avec "Lingui", le Tchad et ses "héroïnes du quotidien" sur grand écran en France

Par AFP

AFRICA RADIO

S'unir pour ne pas sombrer dans une société hostile aux femmes: avec "Lingui, les liens sacrés", le réalisateur tchadien Mahamat Saleh Haroun signe un portrait de femmes écrasées par le poids des traditions et de la religion.

Ce film, sorti mercredi dans les salles françaises, avait été présenté en compétition au Festival de Cannes en juillet et avait été ovationné à l'issue de sa projection. Filmé dans les faubourgs de N'Djamena, le film, le premier que le réalisateur consacre à des personnages féminins, raconte l'histoire d'Amina, mère seule, qui découvre que sa fille de 15 ans, Maria (Rihane Khalil Alio), est enceinte. Une grossesse, fruit d'un viol, que l'adolescente ne veut pas, dans un pays où l'avortement est condamné par la religion, mais aussi par la loi. Le film dresse un portrait fort de femmes qui tentent de survivre dans un milieu hostile où patriarcat et religion empoisonnent la vie des femmes. Unique lueur d'espoir, "le lingui", lien qu'elles vont tisser pour tenter de s'en sortir. Pour le réalisateur, qui avait reçu le Prix du jury à Cannes en 2010 pour "Un homme qui crie", le film ne traite pas seulement de la question de l'avortement mais du "quotidien des femmes" au Tchad. "C'est un film sur les héroïnes du quotidien (...) Ce sont elles qui portent le monde qui les maintient dans une forme de domination. Parler des femmes c'est forcément parler de tous ces problèmes", avait-il expliqué à l'AFP à Cannes. Dépouillée, la mise en scène imaginée par Mahamat Saleh Haroun séduit par sa simplicité et son lyrisme. "J'ai grandi dans le dépouillement, pour moi c'est important d'aller à l'essentiel", avait-il justifié. Avec son film, il était le seul représentant de l'Afrique subsaharienne en compétition à Cannes en 2021. Largement sous-représentée dans la production cinématographique mondiale, l'Afrique n'a raflé qu'une seule Palme d'or avec "Chronique des années de braise" (1975) de l'Algérien Mohammed Lakhdar-Hamina. Conscient d'être l'une des voix de cette partie du monde, Mahamat Saleh Haroun ne veut toutefois pas être réduit au statut de porte-parole. "On essaye modestement de faire avancer les choses. En filmant au Sahel, j'ai aussi conscience que c'est un lieu où je peux produire des images positives dans un endroit où la vie est un cauchemar permanent", avait souligné celui qui a été un temps ministre de la Culture et du Tourisme de son pays.