Cameroun: l'armée reconnaît que deux civiles ont été tuées par des militaires en zone anglophone

AFRICA RADIO

21 septembre 2022 à 19h06 par AFP

Deux civiles ont été tuées lundi par des militaires ayant "violé" les consignes au Cameroun en zone anglophone, en proie à un sanglant conflit séparatiste depuis six ans, a annoncé l'armée mercredi soir.

Les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, peuplées principalement par la minorité anglophone du Cameroun, sont le théâtre d'un conflit très meurtrier entre des groupes armés réclamant l'indépendance d'un État qu'ils appellent l'"Ambazonie", et des forces de sécurité massivement déployées par le pouvoir du président Paul Biya, 89 ans, qui dirige le Cameroun d'une main de fer depuis près de 40 ans. "Un incident malheureux a provoqué la mort de deux civils dans le village (de) Nylbat-Andek", dans le Nord-Ouest, où soldats et militaires s'affrontent régulièrement, a écrit le Colonel Cyrille Atonfack, chargé de communication du ministère de la Défense, dans un communiqué transmis à l'AFP. Selon l'armée, les auteurs sont "trois" militaires du bataillon des troupes aéroportées de Koutaba (BTAP), une unité de l'armée dont des membres sont déployés notamment au Cameroun anglophone depuis que Yaoundé a décrété la guerre aux séparatistes qui se disent en lutte pour l'indépendance de cette partie du pays. Ces trois militaires "présents à Nylbat-Andek, en violation des consignes, s'en sont pris à quelques habitants sur lesquels l'un des soldats va malheureusement ouvrir le feu", ajoute le communiqué, sans donner de précisions sur les raisons de la présence des soldats incriminés dans cette localité. L'armée affirme que les soldats ont été interpellés et qu'une enquête a été ouverte pour établir les responsabilités. Les victimes sont deux femmes de 47 et 49 ans. Armée et séparatistes sont régulièrement accusés par les ONG internationales et l'ONU de commettre crimes et atrocités contre les civils et l'armée admet rarement les actes imputés à ses éléments. En février 2020, au moins 23 civils dont 15 enfants, selon l'ONU, avaient été tués dans un raid de militaires et de leurs supplétifs dans le village de Ngarbuh, dans le nord-ouest. L'armée avait d'abord affirmé qu'ils avaient péri dans l'explosion d'une citerne d'essence lors de combats entre séparatistes et militaires. Avant de reconnaître, sous d'intenses pressions internationales, qu'ils avaient été massacrés par des soldats "incontrôlés" ayant désobéi et menti, épaulés par une milice supplétive.