Maroc: une ONG critique les peines "injustes" de migrants poursuivis à la suite du drame de Melilla

AFRICA RADIO

24 décembre 2022 à 19h21 par AFP

Une ONG marocaine a critiqué samedi les condamnations au Maroc "sévères", sans preuves "convaincantes", de plusieurs migrants, à la suite d'une tentative massive d'entrée en juin dans l'enclave espagnole de Melilla.

"Les peines étaient très sévères et injustes et appuient les politiques migratoires au Maroc", a dénoncé samedi Souad Lazreg, membre de l'Association marocaine des droits humains (AMDH), en présentant un rapport sur les procès. Le 24 juin, près de 2.000 migrants, en majorité originaires du Soudan, avaient essayé d'entrer en force à Melilla, enclavée en territoire marocain, via le poste-frontière de Nador. Cette tentative, qui a conduit à des affrontements entre migrants et forces de l'ordre, a fait 23 morts selon les autorités marocaines, 27 selon l'AMDH. Plusieurs dizaines de migrants ont déjà été condamnés à des peines allant de deux ans et demi à trois ans de prison ferme à la suite de ces événements. Ils étaient poursuivis, entre autres, pour "entrée illégale sur le sol marocain", "violence contre agents de la force publique" ou "attroupement armé". "Les procès-verbaux comportent des aveux qu'ils (les accusés) ont nié tout au long de la procédure judiciaire. Malgré cela, ils ont été condamnés à des peines très sévères", a assuré l'avocat Khalid Ameza durant cette présentation à Nador, retransmise en direct sur Facebook. Les peines prononcées n'ont pas été justifiées par un "argumentaire logique et convaincant", a estimé l'avocat. Me Ameza a pris l'exemple des accusations de violences commises à l'encontre des forces de l'ordre et de biens publics saccagés : "Les forces de l'ordre auditionnées n'ont pas identifié qu'un tel a frappé ou un autre a cassé", a-t-il souligné. Le bilan humain de ce drame, qui a provoqué une forte indignation au Maroc et à l'étranger, est le plus lourd jamais enregistré lors d'une des nombreuses tentatives de migrants d'entrer à Melilla et dans l'enclave espagnole voisine de Ceuta qui constituent les seules frontières terrestres de l'Union européenne avec le continent africain.