Accord de sortie de crise en RDC : les négociations se prolongent

23 décembre 2016 à 19h25 par La rédaction

Kinshasa (AFP)

Les négociations se prolongeaient vendredi pour sortir de la crise politique provoquée par le maintien au pouvoir du président Joseph Kabila en République démocratique du Congo, la médiation restant confiante sur la possibilité d'un dénouement rapide.

Les délégués du pouvoir et de l'opposition se sont retrouvés vers 18h00 (17h00 GMT) à Kinshasa pour une séance plénière destinée à finaliser les termes de l'accord devant instaurer un régime de transition politique et à l'approuver par un vote.

"On sortira avec un accord ce soir", a assuré à la presse Mgr Fridolin Ambongo, vice-président de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco), après avoir laissé les délégués débattre à huis clos.

Les discussions, qui ont commencé le 8 décembre, se tiennent sous l'égide de l'�?glise catholique, et à son initiative.

Un certain flou a régné toute la journée sur les chances d'adoption de cet accord prévoyant l'instauration d'une période de transition politique, après l'optimisme affiché jeudi soir par tous les participants.

S'il est effectivement adopté vendredi, le texte ne devrait être officiellement signé qu'"entre Noël et le Nouvel An", selon une source à la Cenco.

Mercredi, le président de la Cenco, Mgr Marcel Utembi, avait sommé les participants à s'entendre "avant Noël", menaçant, en cas contraire, que les évêques en tirent "toutes les conséquences qui s'imposent".

Selon un document de travail résumant les grandes lignes de l'accord, celui-ci consacre le maintien au pouvoir de M. Kabila jusqu'à l'élection d'un successeur élu lors d'un scrutin devant être organisé "fin 2017". 

Selon une source de la Cenco, la conclusion des discussions a été retardée par des désaccords sur la question de la composition de la commission chargée d'organiser les élections et celle du partage des rôles pour le gouvernement du pays pendant la période de transition.

�?gé de 45 ans, Joseph Kabila est au pouvoir depuis 2001.La Constitution lui interdit de se représenter.Après le report sine die de la présidentielle qui aurait dû avoir lieu cette année, son second mandat s'est achevé mardi dans un climat de violences meurtrières.

- 'Marche de la paix' -

Les négociations visent à éviter le scénario du pire : une nouvelle descente aux enfers du Congo, ravagé entre 1996 et 2003 par deux guerres ayant fait au moins trois millions de morts. 

L'�?glise catholique a joué un rôle majeur dans l'ouverture démocratique pendant les dernières années du règne du dictateur Mobutu Sese Seko, renversé en 1997 par Laurent-Désiré Kabila, père de l'actuel président.Elle jouit d'une audience sur les questions politiques qui dépasse largement le cercle de ses fidèles (environ 40% de la population).

La France, par la voix de son ministère des Affaires étrangères, a "réitéré son soutien aux efforts" de la Cenco et "encouragé les parties à faire les gestes nécessaires dans l'intérêt supérieur de la République démocratique du Congo et de la population".

�?tat-continent de plus de 70 millions d'habitants, la RDC n'a jamais connu de transition pacifique du pouvoir depuis son indépendance de la Belgique en 1960, et sa partie orientale reste déchirée par de multiples conflits armés depuis plus de vingt ans.

Vendredi, l'ONU a fait état d'un bilan de 40 morts, 107 blessés et au moins 460 arrestations "ces derniers jours" à Kinshasa, Lubumbashi, Boma et Matadi, "principalement des personnes protestant contre le refus du président Joseph Kabila de quitter le pouvoir".

L'ONG Human Rights Watch évoque au moins 34 morts.De leur côté, les autorités annoncent un bilan de 20 morts.

De lundi à jeudi, entre 56 et 125 personnes, selon les sources, ont péri dans des violences politiques ou interethniques dans le pays.Ces chiffres ne tiennent pas compte d'affrontements, au bilan encore inconnu, mardi dans la ville de Kananga (centre) entre forces de l'ordre et une milice opposée au gouvernement central.

La situation est rentrée dans l'ordre vendredi à Kinshasa et Lubumbashi, deuxième ville du pays.

Après quatre jours de paralysie ou de vie au ralenti, la capitale a retrouvé son fourmillement et ses embouteillages habituels. 

A Lubumbashi, fief de l'opposant en exil Moïse Katumbi où l'armée a procédé mercredi à des arrestations massives dans un quartier sud, théâtre de violences la veille, le ministre des Affaires foncières Félix Kabange Numbi s'est rendu avec plusieurs centaines de personnes dans ce quartier pour une "marche de la paix".L'avant-veille, le gouverneur s'y était fait accueillir à coup de pierres.

Sur les "200 à 250" personnes arrêtées jeudi, 58, "impliquées dans les échauffourées des 20 et 21 décembre", seront déférées au parquet samedi, a indiqué la police.