Afrique du Sud: le Conseil de discipline de Julius Malema commence par des échauffourées

30 août 2011 à 7h44 par La rédaction

JOHANNESBURG (AFP) - (AFP)

La comparution devant le conseil de discipline de l'ANC, mardi à Johannesburg, de Julius Malema, le provocateur président de la Ligue de jeunesse du parti au pouvoir, a commencé par des échauffourées entre ses partisans et la police.

Des centaines de jeunes gens regroupés devant le siège de l'ANC ont lancé des pierres et des bouteilles sur les forces de l'ordre qui ont répliqué à coup de canon à eau, de gaz lacrymogène et de balles en caoutchouc, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Julius Malema, 30 ans, connu pour ses déclarations provocatrices et radicales, comparaît pour "avoir porté atteinte à la réputation de l'ANC" et pour "avoir semé la division" au sein du parti au pouvoir.

On lui reproche notamment d'avoir exhorté à un changement de régime au Botswana voisin, et d'avoir traité le gouvernement de "marionnette des Américains".

Depuis longtemps, M. Malema s'est fait le champion d'un discours anti-impérialiste et anti-capitaliste.Il appelle entre autres à la nationalisation des mines et à l'expropriation sans compensation des fermiers blancs.

Jugé par la commission de discipline avec cinq autres dirigeants de la Ligue de jeunesse, il risque au maximum une expulsion du parti.C'est la deuxième fois qu'il comparaît devant cette instance.L'an dernier, il avait été convoqué pour avoir critiqué vertement le président Jacob Zuma.

Toute la nuit, ses supporteurs ont campé à proximité du siège de l'ANC et se sont mis en marche mardi matin vers ce bâtiment où se déroulent les auditions, provoquant le cordon de police qui le protégeait.

En marge des affrontements, ils ont brûlé des drapeaux de l'ANC et des T-shirts à l'effigie du président Jacob Zuma, également président du parti.

Les manifestants ont ensuite bruyamment applaudi et salué l'arrivée d'une voiture, qui semblait être celle de Julius Malema.Le véhicule s'est engouffré dans le bâtiment de l'ANC.

Peu avant 11h00 (09h00 GMT), la police avait réussi à faire évacuer les alentours du siège de l'ANC, et un millier de jeunes s'étaient regroupés sur une place à environ 600 mètres de là.

"Nous avons prix un taxi collectif et nous sommes venus jusque là pour voir ce qu'ils font à notre leader", a témoigné Michael Siluma, 17 ans, qui avoue avoir séché ses cours pour être là.

"Malema a mis le doigt sur le sujet très délicat de la redistribution des richesses dans ce pays", ajoute le jeune militant, "c'est pour cela qu'il est persécuté.Personne n'a le courage de traiter ce sujet, il n'y a que lui qui le fasse, et maintenant ils veulent le réduire au silence".

Lundi, Julius Malema avait appelé ses partisans au calme, dans une dernière conférence de presse avant sa comparution.Il avait surtout souligné que, quoi qu'il arrive à la commission de discipline, les opinions et revendications qu'il porte ne disparaîtraient pas du jour au lendemain par le seul fait de son exclusion de l'ANC.

Coutumier de la provocation, le jeune tribun entretient volontiers son image de rebelle sulfureux.Il a déjà comparu devant la justice pour avoir remis à l'honneur dans ses meetings une chanson de l'époque de l'apartheid appelant à "tuer le boer" (fermier blanc).

Anti-occidental, il a qualifié les Américains d'"impérialistes assoiffés de sang" après l'intervention de l'Otan en Libye.

Et tout récemment, son fastueux train de vie lui a valu d'abord la suspicion de la presse, avant que la justice n'ouvre une enquête, actuellement en cours, sur des soupçons de corruption dans des appels d'offres dont auraient bénéficié des sociétés auxquelles il est lié.