Burkina: le bras de fer se poursuit entre putschistes et autorités

29 septembre 2015 à 12h41 par La rédaction

Ouagadougou (AFP)

Anciens putschistes et autorités légales poursuivaient mardi leur bras de fer au Burkina Faso où les soldats du Régiment de Sécurité Présidentielle (RSP), auteurs du coup du 17 septembre, rechignent à désarmer pour conserver des moyens de pression.

Cinq jours après sa dissolution officielle par le Conseil des ministres de vendredi, le RSP était toujours dans sa caserne de Naaba Koom II, qui jouxte le Palais présidentiel de Ouagadougou.Après avoir renoncé au putsch, ses hommes tentent de ralentir leur désarmement pour pouvoir mieux négocier.

Les autorités semblent vouloir adopter une attitude ferme.Mardi matin, l'armée a quadrillé toute la zone autour de la caserne, plaçant véhicules blindés, pick-ups et hommes armés de mitrailleuses et de RPG aux carrefours, a constaté un journalistes de l'AFP.

Parmi ces troupes loyalistes, le régiment blindé de Fada-N'Gourma (est du Burkina) qui avait quitté la province pour la capitale pour tenter de mettre fin au putsch. 

- Accusation "hallucinante" - 

La circulation était interdite dans ce secteur et le chef d'état-major, le général Pingrenoma Zagré, a "pour des raisons de sécurité, invité les populations à éviter tout mouvement dans la zone de Ouaga2000, quartier sud où se trouvent le Palais présidentiel Kosyam et la caserne.Les habitants de Ouaga2000 sont invités à rester chez eux". 

L'armée veut-elle déloger le RSP ? Prévoit-elle une sortie des putschistes ? Ou veut-elle simplement mettre la pression sur les hommes enfermés dans la caserne ? 

La plupart des observateurs penchaient pour la troisième option alors que depuis la dissolution du régiment les deux parties sont entrées dans une bataille de communication avec des annonces contradictoires successives sur l'état du désarmement notamment. 

La veille, le gouvernement avait été jusqu'à accuser le général putschiste Gilbert Diendéré, qui s'est impliqué dans la négociation de libération d'otages dans le Sahel par le passé, de faire appel à des groupes jihadiste pour le soutenir. 

Accusation "hallucinante" dont la "crédibilité est très basse", a estimé mardi une source proche du dossier, en estimant que "ce genre de déclarations est irresponsable".

La veille, le gouvernement avait aussi accusé le RSP d'avoir pris des soldats loyalistes en otage, avant que l'état-major ne tempère ces affirmations.De source proche de l'état-major, il n'y a pas d'otage retenu. 

De son côté, le général Diendéré a lui aussi multiplié les déclarations fortes affirmant en soirée à l'AFP: "Je joue au médiateur.Les hommes sont déterminés.Nous essayons de les calmer". 

Au centre-ville, la vie a repris son cours après la suspension du mot d'ordre de grève générale samedi. 

Le ministère de l'Education a néanmoins décidé mardi de repousser la rentrée scolaire du 1er au 8 octobre, sans en préciser les raisons. 

La crise a coûté environ 50 milliards de francs CFA (75 millions d'euros), selon le conseil des ministres lundi."L'arrêt de travail a entraîné un ralentissement de la production dans les secteurs d'activités, particulièrement le secondaire et le tertiaire", selon le texte. 

"Au niveau des impôts, les pertes de recouvrement occasionnées pendant la période du putsch sont estimées à environ 11 mds de FCFA (15 millions d'euros).Au niveau des recettes douanières, les pertes sont chiffrées à environ 9,7 mds", de même source.

"Sur le plan de la trésorerie, les pertes directes s'élèvent à 30,80 milliards de FCFA (47 millions d'euros)", selon le texte.

Perpétré le 17 septembre par le RSP, le putsch a finalement échoué une semaine plus tard. 

Après une semaine de manifestations dans le pays et la médiation de La Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao), l'armée "loyaliste", sous l'impulsion de jeunes officiers, a convergé vers la capitale lundi dernier, forçant le RSP à renoncer à son projet.

Le gouvernement réinstallé a ordonné la dissolution de ce corps d'élite de 1.300 hommes, réclamée à plusieurs reprises par la société civile de ce pays sahélien de 17 millions d'habitants, à l'histoire jalonnée de coups d'Etat militaires depuis son indépendance en 1960.

Le pouvoir en place a également ordonné le gel des avoirs de Gilbert Diendéré et d'une douzaine d'autres personnalités.Les violences liées au coup d'Etat ont fait 10 morts et plus de 100 blessés parmi les manifestants anti-putschistes.