Burundi: le putsch a échoué mais la crise est loin de s'éteindre

16 mai 2015 à 11h59 par La rédaction

Bujumbura (Burundi) (AFP)

Le président burundais Pierre Nkurunziza a annoncé triomphant, vendredi, l'échec du putsch qui le visait, pourtant les analystes estimaient samedi que la crise politique était loin d'être éteinte.

Après deux jours d'incertitude sur l'issue du coup d'�?tat, la situation s'était éclaircie samedi.Avec des comploteurs en prison ou en fuite, des médias indépendants réduits au silence et une radio publique relayant les messages présidentiels, la victoire de Pierre Nkurunziza n'échappait à personne.

Le président burundais n'a d'ailleurs pas tardé à sommer les militants d'opposition à cesser les manifestations et toute contestation contre sa candidature à un troisième mandat.

Les opposants jugent sa candidature à la présidentielle du 26 juin anticonstitutionnelle et contraire aux accords d'Arusha, qui avaient ouvert la voie à la fin d'une longue guerre civile (1993-2006) opposant une armée alors dominée par la minorité tutsi à des mouvements rebelles hutu.

Mais pour les observateurs, la détermination de Nkurunziza à garder le pouvoir est au c�?ur des événements qui secouent ce petit pays d'Afrique centrale.

Et "la crise au Burundi ne s'achève pas avec l'échec du coup d'Etat", analyse Thierry Vircoulon du centre de réflexion International Crisis Group (ICG)."De nombreux Burundais ont peur et continuent de quitter le pays aussi vite qu'ils le peuvent."

Selon les Nations unies, au moins 100.000 Burundais ont fui le pays, terrorisés par le climat pré-électoral.Des législatives et communales sont prévues avant la présidentielle, dès le 26 mai.

Les Burundais "sont inquiets du retour de l'autoritarisme qui a marqué le second mandat du président, du manque de développement social et économique et de l'essor de la corruption", décrypte M. Vircoulon, pour qui "le président Nkurunziza devrait reconnaître que le pays est en crise et que l'unité doit être restaurée."

Bien au contraire, Pierre Nkurunziza, confiant d'être sur une bonne lancée, reste sourd aux appels à reporter les élections qui se multiplient au sein de la communauté internationale au vue du climat qui règne dans le pays.

"Le président souhaite organiser les élections aussi tôt que possible, mais cela contribuerait uniquement à empirer la situation.La tenue d'élections véritablement libres et équitables est désormais impossible", juge l'analyste d'ICG.

- Une armée et une population divisées -

Certains craignent qu'après cette tentative de coup d'�?tat, le Burundi ne glisse dans un cercle vicieux de représailles contre quiconque pourrait y être lié, que ce soit dans les rangs de l'armée, de la police, des organisateurs des manifestations ou même des journalistes travaillant pour les médias indépendants.Des défenseurs des médias se sont d'ailleurs plaints d'avoir été victimes d'intimidations.

"La façon dont tout cela sera résolu dans les jours et les semaines qui viennent déterminera l'avenir du pays pour longtemps", présage Yolande Bouka, de l'Institut d'�?tudes de la Sécurité (ISS).

"Des semaines de contestation et deux jours de violents combats dans la capitale Bujumbura ont mis à mal la stabilité du pays", relève l'ISS.Et "même si des éléments pro-gouvernementaux de l'armée ont repris le contrôle, l'unité des forces armées burundaises a été ébranlée.La population elle aussi est profondément divisée sur le fait que le président doive ou non candidater à un troisième mandat".

Pour Sarah Jackson d'Amnesty International, le pays est "au bord d'une crise des droits de l'Homme avec potentiellement des conséquences irréversibles pour la région".

Quant aux assurances de clémence de Nkurunziza vis-à-vis des mutins qui se sont rendus, elles en laissent plus d'un sceptiques.

Ainsi de Thierry Vircoulon qui observe que "les expériences passées au Burundi laissent envisager de sérieuses préoccupations quant au sort de ceux qui se rendent et à l'intensification de la répression."

Bien que le putsch ait été condamné par la communauté internationale, les Etats de la région et du monde entier ont aussi exprimé leurs critiques vis-à-vis de l'appétit de pouvoir de Nkurunziza.Et le pays devrait rester isolé tant que son président refusera tout compromis.