Congo: l'explosion d'un dépôt de munitions à Brazzaville fait plus de 150 morts

Par La rédaction

BRAZZAVILLE (AFP) - (AFP)

Des corps étaient encore retirés lundi des décombres du quartier de Brazzaville soufflé dimanche par l'explosion d'un dépôt de munitions, qui a fait plus de 150 morts, alors que les hôpitaux sous équipés attendaient l'aide internationale pour soigner des centaines de blessés.

Au moins six corps ont été retrouvés par des militaires qui bouclent la zone sinistrée, dans le quartier Mpila à l'est de la capitale du Congo, ou bien par des habitants venus récupérer des biens dans leurs maisons détruites, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Un odeur de cadavres commençait à se faire sentir près du périmètre interdit, où des ambulances et des corbillards stationnaient.

"Nous sommes à plus de 150 personnes décédées, c'est provisoire (...).On compte plus d'un millier de blessés", a déclaré à l'AFP le ministre de l'Intérieur Raymond Mboulou.

Dans les rues voisines du dépôt de munitions, des centaines d'habitations dévastées offrent un spectacle de désolation."C'est comme un tsunami sans eau", a déclaré le ministre de l'Intérieur.

Des milliers de personnes fouillent dans les ruines de leur maison pour tenter de retrouver quelques biens abondonnés la veille.

Parfois des petites explosions isolées se font entendre, provoquant la panique des gens qui se mettent à courir.

Des obus éclatés jonchent le sol un peu partout, notamment des roquettes d'Orgues de Staline (lance-roquettes multiples montés sur camion).

Adeline Kika attend ses parents, assise sur un trottoir avec un bébé de 13 mois dans les bras, quelques habits et deux enceintes d'une radio posés à côté d'elle.

"On retourne à la maison pour emporter les affaires, nous sommes une famille de sept personnes, la maison est complètement détruite, on cherche un taxi pour aller dans la famille", dit-elle.

La maison de Léger Mokeme, située à 300 m du dépôt de munitions, est en ruines."J'ai tout perdu, je ne sais pas où ma famille va dormir.Nous étions en train de dormir quand ca a commencé: tout s'est écroulé.Regardez, tout est gaspillé (détruit), il ne reste plus que des habits", explique-t-il désespéré

Fusil d'assaut Kalashinikov rouillé en bandouillère, son frère Destin, un militaire, raconte qu'il a été "recouvert complètement par les décombres"."Je me suis sorti de là en poussant les décombres", dit-il en montrant son corps recouvert de bleus.

Les autorités ont ouvert deux églises et un marché couvert pour accueillir les sans-abri.D'autres lieux doivent être aménagés.

Les hôpitaux de la ville, sous équipés, travaillent dans des conditions difficiles après l'afflux de blessés, souvent entassés dans les couloirs et les chambres.

Les autorités ont réquisitionné des personnels de santé de toute la ville.

"Depuis dimanche, nous avons enregistré 322 blessés: 105 sont restés à l'hôpital, les autres étaient des petits blessés et sont rentrés.Sur les 105 blessés, nous en avons opéré 73", a déclaré à l'AFP une source au Centre hospitalier universitaire (CHU), sous couvert d'anonymat.

"Les blessures sont dues à des éclats d'obus ou à des maisons qui se sont effondrées", a précisé cette source.

Dimanche, "on était débordés parce que le communiqué demandant aux médecins de se mobiliser a un peu tardé, mais là ça va mieux.On a renforcé les équipes et on reçoit de l'aide de l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé) Congo et de Médecins sans frontières France", a-t-elle ajouté.

La France, le Maroc, l'Union européenne et la République démocratique du Congo voisine notamment, ont annoncé l'envoi de personnel médical et de médicaments.Le Maroc doit ouvrir un hôpital de campagne.

Selon les premiers éléments de l'enquête, un court-circuit serait à l'origine d'un incendie qui se serait propagé au dépôt d'armes et de munitions du régiment de blindés, en pleine zone d'habitations.

"La priorité c'est vraiment d'éteindre" des petits foyers d'incendie qui couvaient toujours lundi matin au dépôt de munitions, a assuré le ministre de l'Intérieur.

Dimanche, le chef de l'Etat congolais, Denis Sassou Nguesso, a "insisté sur l'obligation de délocalisation" des casernes militaires à l'extérieur de la capitale.