Côte d'Ivoire: Ouattara veut rétablir la sécurité, situation humanitaire dramatique

8 avril 2011 à 17h49 par La rédaction

ABIDJAN (AFP)

Le président élu de Côte d'IOvoire Alassane Ouattara s'efforçait vendredi de rétablir la sécurité dans son pays où la situation humanitaire a pris un tour dramatique alors que la résidence de l'ambassadeur de France à Abidjan a essuyé des tirs d'armes lourdes.

Les informations que les enquêteurs de l'ONU sur les droits de l'homme envoient sur la situation dans l'ouest de la Côte d'Ivoire sont "absolument horrifiantes", a déclaré à Genève le Haut commissaire aux droits de l'homme, Navi Pillay.

A Abidjan, l'ambassade de France a annoncé que "la résidence de France située dans la commune de Cocody a été la cible de deux tirs de mortier et d'un tir de roquette à partir de positions tenues" par des éléments des forces armées toujours loyales à M. Gbagbo vendredi à 16 heures (locales et GMT).

"C'est la deuxième fois en moins de 48 heures que cette emprise diplomatique fait l'objet d'une attaque délibérée", poursuit-elle.Mercredi soir, la résidence avait été attaquée par les forces pro-Gbagbo à l'occasion de l'exfiltration de l'ambassadeur du Japon dont la demeure officielle est située à proximité.

"La France rappelle que conformément à la résolution 1975 du Conseil de sécurité de l'ONU, les forces impartiales (mission onusienne ONUCI et force française Licorne) sont en droit de mettre en oeuvre leur mandat afin de prévenir l'usage d'armes lourdes par toutes les parties du conflit", indique un communiqué.

Le porte-parole de Laurent Gbagbo, Ahoua Don Mello, a démenti "formellement" cette attaque.

M. Ggabo qui refuse de céder le pouvoir était toujours retranché vendredi soir dans sa résidence défendue par le dernier carré de ses fidèles au sein de l'armée ivoirienne.

Charles Blé Goudé, le leader des jeunes patriotes de Laurent Gbagbo, a appelé vendredi à un "dialogue inter-ivoirien", dans un entretien à la chaîne France 24.

"C'est la seule issue pour contrôler cette crise, sinon on ne pourra jamais faire disparaître tous les pro-Gbagbo ou les pro-Outtara de la Côte d'Ivoire", a déclaré M. Blé Goudé, ministre de la Jeunesse de M. Gbagbo et surnommé "le Général de la rue" pour sa capacité à mobiliser notamment les masses estudiantines.

M. Gbagbo "ne démissionnera pas.Il est bien calé dans son fauteuil présidentiel", a répété de son côté depuis Paris l'un des conseillers de M. Gbagbo, Toussaint Alain.

Après l'impasse politique née de l'élection présidentielle du 28 novembre et l'enlisement militaire, Abidjan, livrée aux pillards, est confrontée à l'urgence humanitaire.

"Abidjan est une tragédie humaine", a déclaré le représentant du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU (Ocha) en Côte d'Ivoire, Carlos Geha."La population n'était pas prête pour une bataille qui dure aussi longtemps que ça", a-t-il dit, ajoutant que l'eau manquait depuis quatre jours.

"La plupart des magasins, toutes les petites épiceries ont été pillés, tandis que le prix du pain, des cigarettes, du sac de blé...a triplé au cours de ces dernières 48 heures, depuis qu'il y a eu un accalmie", a-t-il souligné.

Dans l'ouest du pays, "les informations envoyées par l'équipe des enquêteurs de l'ONU sur les droits de l'homme en Côte d'Ivoire sont absolument horrifiantes", a déclaré Mme Pillay.

"Au cours de la seule journée d'hier, ils ont trouvé 118 corps dans les trois villes de Duékoué, Bloléquin et Guiglo", a-t-elle précisé.

"Certaines des victimes semblent avoir été brûlées vives et certains corps jetés dans un puits", selon son porte-parole.

Les populations déplacées souffrent de la faim et du manque d'eau potable, a indiqué François Danel, directeur général de l'ONG Action contre la faim (ACF).

Les agences de l'ONU ont demandé l'ouverture de couloirs humanitaires pour venir en aide aux populations fuyant les violences.

A Duékoué quelque 30.000 personnes s'entassent dans une mission catholique.

"Nous n'avons pas mangé depuis deux jours.Mes enfants sont de plus en plus faibles", a témoigné Anaï Alphonsine, 50 ans.

Alassane Ouattara a promis jeudi soir que "la lumière sera faite sur tous les massacres" dans une allocution télévisée.

Il a annoncé qu'un blocus avait été établi autour du périmètre de la résidence où M. Gbagbo est retranché "avec armes lourdes et mercenaires".

M. Ouattara a demandé à ses forces "de prendre toutes les dispositions pour assurer le maintien de l'ordre et la sécurité des biens".

Au cours de leur mission de sécurisation d'Abidjan, celles-ci ont commencé à récupérer vendredi des objets qui avaient été pillés, selon un photographe de l'AFP.

Faisant écho la demande du président élu reconnu par la communauté internationale, l'Union européenne a annoncé vendredi la levée des sanctions frappant les ports d'Abidjan et de San Pedro (sud-ouest, premier port d'exportation du cacao au monde), tout comme celles pesant sur plusieurs entreprises liées notamment au secteur du cacao.

L'UE imposait jusque là un embargo sur les deux ports pour faire pression sur Laurent Gbagbo.

D'autre part, le regroupement des expatriés vers le camp militaire français de Port-Bouët à Abidjan, près de l'aéroport international, par la Force Licorne s'est poursuivi vendredi, ainsi que les évacuations vers plusieurs pays de la région.

Environ 1.800 Français et ressortissants d'autres pays étaient regroupés vendredi à Port-Bouët d'où quelque 1.600 personnes ont été évacuées ces derniers jours vers Lomé, Dakar ou Accra.