Des milliers de gardes bravent l'interdiction de marcher dans Alger

7 mars 2011 à 14h08 par La rédaction

ALGER (AFP)

Des milliers de gardes chargés de suppléer la gendarmerie algérienne dans les villages ont bravé lundi l'interdiction de manifester à Alger en forçant plusieurs cordons de police pour marcher jusqu'à l'Assemblée nationale en faveur d'une hausse de salaire.

Environ 20.000 gardes communaux, selon les organisateurs, 10.000 selon des des journalistes sur place, venus de 35 départements sur 48, s'étaient d'abord rassemblés sans incidents place des Martyrs, au centre d'Alger, où les forces de police étaient faiblement déployées.

Les manifestants, dont la plupart portaient leurs uniformes de combat, scandaient notamment Abdelaziz "Bouteflika (le président algérien) est la solution".

"Les terroristes (islamistes armés) repentis ont plus de droits que nous, On veut que le président Bouteflika annonce rapidement des mesures concrètes en notre faveur", a déclaré à l'AFP écrié un garde communal.

La politique de réconciliation accordant le pardon aux islamistes dont M. Bouteflika a pris l'initiative dès son accession au pouvoir en 1999 pour mettre fin aux violences a permis la reddition de milliers d'entre eux et la libération de plus de 2.000 autres, condamnés pour terrorisme.

La colère des manifestants lundi a pris de l'ampleur après qu'une délégation envoyée rencontrer le Premier ministre Ahmed Ouyahia soit revenue bredouille.

Les manifestants ont forcé un premier cordon de police et se sont dirigés vers l'Assemblée nationale, à quelque 500 mètres de là.Deux autres cordons de policiers ont cédé sous leur pression.

Les manifestants ont réussi a atteindre l'Assemblée où ils ont été encerclés par des renforts de police dépêchés à la hâte.

Les gardes communaux réclament une augmentation salariale, une réduction du nombre des heures travaillées et des indemnités de service à l'instar de tous les autres corps de sécurité, a dit à l'AFP, Cherif Abdelkader, garde à Chlef, à 200 km à l'ouest d'Alger.

Ils exigent que cette hausse soit rétroactive à 1994, date de la création de ce corps de quelque 93.000 hommes, selon M. Abdelkader.

Une délégation a été reçue durant près de deux heures par le président de l'Assemblée nationale Abdelaziz Ziari.

"M.Ziari a estimé que nos revendications étaient raisonnables et légitimes.Il s'est engagé à les transmettre au président Bouteflika.Il doit nous rendre une réponse dans la journée", a déclaré à l'AFP un membre de la délégation.

Les manifestants ont refusé de regagner la place des Martyrs."Nous resterons ici jusqu'à l'annonce de cette réponse", ont-ils crié devant l'Assemblée.

Cette manifestation à Alger intervient après cinq marches avortées de l'opposition depuis le 22 janvier, toutes bloquées par la police.

Samedi, trois marches auxquelles avait appelé une faction de la Coordination nationale pour le changement et la démocratie (CNCD) ont tourné court, les manifestants ayant été bloqués par la police et des militants agressifs favorables au pouvoir.

La CNCD, créée le 21 janvier dans la foulée des émeutes de janvier qui ont fait cinq morts et plus de 800 blessés, s'est scindée en février entre partisans de manifestations et la société civile et des syndicats autonomes plus favorables à un travail de fond.

Les manifestations sont interdites à Alger depuis juin 2001 où une gigantesque marche en faveur de la Kabylie avait tourné à l'emeute faisant huit morts.

Selon des manifestants, quelque 4.400 gardes communaux, qui participent à la lutte contre les islamistes dans les communes, ont été tués depuis 1994;

Depuis les émeutes de janvier, le gouvernement a annoncé, outre la levée de l'état d'urgence, une série de mesures pour tenter de reconquérir l'opinion publique et se mettre à l'abri d'une contestation similaire à ce qui s'est passé en Egypte ou en Tunisie.