Ebola: la psychose s'étend, la patiente espagnole dans un état grave

Par La rédaction

Madrid (AFP)

Entre peur et psychose, l'Europe et les Etats-Unis ont renforcé les mesures de précaution face à une éventuelle propagation du virus Ebola, alors qu'en Espagne la première malade infectée hors d'Afrique luttait contre la mort.

A Madrid, l'aide-soignante Teresa Romero, 44 ans, hospitalisée lundi, était vendredi matin dans un état "grave mais stationnaire", selon une porte-parole de l'hôpital Carlos III de Madrid. Au total, 14 personnes étaient hospitalisées dans ce service spécialisé, à titre préventif, l'hôpital ayant décidé d'accepter les personnes exposées qui en manifesteraient le souhait. 

Ce cas espagnol, sur fond d'explosion de l'épidémie en Afrique de l'Ouest, a donné une dimension planétaire à l'angoisse: fausses alertes, rumeurs, hospitalisations de précaution se sont multipliées ces derniers jours. 

Des personnes ont été hospitalisées dans plusieurs pays d'Europe et aux Etats-Unis, mais c'est en Afrique qu'Ebola continue à flamber.L'épidémie a déjà tué près de 3.900 personnes depuis le début de l'année, essentiellement en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone. 

Alors que le principal centre de traitement de Médecins sans frontières (MSF) était proche de la "saturation" en Guinée, des personnels de santé du Liberia ont entamé vendredi un débrayage pour réclamer des primes de risques.

A New York, quelque 200 personnes employées à nettoyer les cabines des avions s'étaient déjà brièvement mises en grève à l'aéroport La Guardia mercredi soir, inquiètes des risques.Elles devaient reprendre le travail, après avoir reçu une formation.

Tirant les leçons de l'erreur commise à Dallas, où un patient libérien, décédé mercredi, avait initialement été renvoyé chez lui alors qu'il arrivait d'Afrique, les autorités ont renforcé la formation du personnel médical.

Les standardistes du "911" le numéro de téléphone à composer en cas d'urgence, sont notamment formés à poser des questions pour repérer d'éventuels malades.

Dès samedi, l'aéroport J.F.Kennedy, principal aéroport international de New York, va renforcer le contrôle des voyageurs en provenance des trois pays africains les plus touchés. 

Londres a décidé aussi de renforcer le dépistage à Heathrow et Gatwick et les terminaux de train Eurostar en interrogeant les passagers sur leurs voyages récents.Ils pourront aussi prendre la forme d'un contrôle médical. 

En France, de nouvelles mesures pourraient être rapidement annoncées.Après un cas de panique dans une école primaire accueillant des enfants arrivés de Guinée, un bâtiment public en banlieue parisienne a été bouclé jeudi pendant une heure et demie après le malaise d'un jeune homme, lui aussi arrivé de Guinée.Une fausse alerte.

 

 - '21 jours d'incertitude' -

 

En Espagne, des collègues de l'aide-soignante contaminée ne pouvaient s'empêcher d'avoir peur d'être à leur tour touchés.Une crainte qui a entraîné la désaffection du personnel censé s'occuper de la patiente à titre volontaire, c'est-à-dire en provenance d'autres services, selon Charly Manuel Torres, l'un des infirmiers qui s'occupe d'elle. 

"La seule chose que l'on peut faire c'est attendre 21 jours (durée maximum de la période d'incubation), 21 jours d'incertitude pendant lesquels tu ne sais pas si tu peux embrasser tes enfants", a dit l'une des collègues de l'aide-soignante à l'AFP.

Selon Elvira Gonzalez, du syndicat des techniciens en infirmerie, d'autres employés en contrat temporaire ont même préféré démissionner, une information que l'hôpital a refusé de confirmer.

Peu de mesures concrètes étaient cependant annoncées.La ministre de la Santé Ana Mato a pour l'instant annoncé que les protocoles seraient revus et dépasseraient les standards européens.Elle envisage d'abaisser le seuil de température déclenchant les procédures à appliquer face à un cas suspect.

L'euthanasie du chien de l'aide soignante, au nom du principe de précaution, a été jugée "inutile" et "regrettable" par des experts, car elle a privé la science d'une occasion d'étude unique.

Vendredi, la ministre espagnole devait réunir les responsables de la santé dans les 17 régions d'Espagne, qui gèrent chacune avec autonomie la santé, ce qui rend la coordination encore plus complexe. 

La police espagnole multiplie elle les mises en garde contre les faux bruits sur la contagion du virus Ebola qui circulent sur les réseaux sociaux.

"Les bobards à propos d'Ebola se poursuivent sur #whatsapp (application mobile, ndlr).Informe toi auprès de médias sérieux et ne répand pas la panique", a prévenu la Guardia Civil, force de de sécurité nationale sur son compte tweeter.