Egypte: le président Morsi face à de graves difficultés économiques

26 juin 2012 à 12h16 par La rédaction

LE CAIRE (AFP) - (AFP)

Le nouveau président égyptien, l'islamiste Mohamed Morsi, n'aura pas la partie facile pour résoudre les graves difficultés économiques que traverse le pays avec la crise du tourisme, la hausse des déficits et la perte de confiance des investisseurs, soulignent des experts.

"Le programme des islamistes n'est pas clair, il n'y pas de plan détaillé jusqu'à présent", relève Mona Ismaïl, une ancienne directrice de la Banque arabe d'investissement.

"Le seul moyen pour Morsi de relever le défi, c'est de se faire aider et s'entourer par des experts, en dehors de la confrérie, qui lui donnent de vrais conseils", ajoute-t-elle.

"Les Frères sont peut-être bons pour faire du commerce ou des associations, mais n'ont pas les moyens ni l'expertise pour gérer l'économie d'un pays comme l'Egypte", affirme Mme Ismaïl.

Le programme de campagne de M. Morsi confirme l'attachement des Frères musulmans à une économie de marché, avec un fort engagement pour l'aide sociale, leur domaine de prédilection.Ce programme en reste toutefois largement au stade des généralités.

Or M. Morsi va être immédiatement confronté à une réalité préoccupante.Le secteur du tourisme, qui fournit du travail à près de 10% de la population, a plongé après la chute du régime de Hosni Moubarak en février 2011.

Même s'il a repris des couleurs, il est loin d'avoir retrouvé ses niveaux d'autrefois, et les islamistes se trouvent fréquemment en porte-à-faux entre un discours rassurant pour les visiteurs étrangers, et l'hostilité de nombre de leurs militants envers l'alcool dans les hôtels ou les bikinis sur les plages.

Fonte des réserves de change

La fonte des réserves de change de la Banque centrale, passées de 36 milliards de dollars au début 2011 à 15 milliards aujourd'hui, fait peser des menaces sur la capacité du pays à continuer d'importer des produits de base, qu'il s'agisse du blé ou des carburants raffinés.

Le déficit budgétaire pourrait passer à 38 milliards de dollars pour l'année allant de juin 2012 à juin 2013, contre environ 24 milliards pour l'année précédente, selon des chiffres gouvernementaux.Le maintien des subventions aux produits de première nécessité risque d'en souffrir.

Le Caire est en discussions depuis des mois pour un prêt de quelque 3,2 milliards de dollars avec le Fonds monétaire international.Mais le FMI a appelé à ce que les mesures accompagnant cette aide fasse l'objet d'un "large soutien politique" en Egypte.

Or M. Morsi devra compter avec le Conseil suprême des forces armées (CSFA), qui va lui céder le pouvoir exécutif mais conservera un droit de veto sur tout projet de loi et sur le budget.

"L'armée peut le priver des moyens d'appliquer son programme", relève Moustafa Kamel el-Sayyed, de l'Université du Caire.

Avant même d'entrer en fonction dans les prochains jours, le président élu a fait savoir mardi par son entourage qu'il "travaillait a peaufiner les priorités de son programme", notamment sur les questions économiques.

Il souhaite également nommer au poste de Premier ministre une "personnalité nationale indépendante", pour constituer un cabinet dominé par des "techniciens", laissant supposer qu'il privilégiait la compétence sur l'orthodoxie politico-religieuse.

La Bourse du Caire a salué lundi la victoire de M. Morsi par un bond de 7,5%, dû au soulagement après des jours d'incertitudes et de tensions sur le résultat final face à son rival issu de l'ère Moubarak, Ahmad Chafiq, qui prétendait lui aussi être élu.

Toutefois, l'agence de notation Standard and Poor's a placé lundi la note "B" de l'Egypte sous surveillance avec une perspective d'évolution négative, en soulignant les lourdes incertitudes qui continuent de peser sur le pays.

"Nous nous attendons à ce que les tensions restent élevées entre l'armée et les parties qui mènent la transition post-Moubarak, notamment les Frères musulmans, ce qui pourrait détériorer davantage la situation économique, fiscale", écrit l'agence dans une note.