Ethiopie: le gouvernement accusé de s'en prendre aux élites tigréennes

Par AFP

AFRICA RADIO

Un haut responsable d'un des partis de la coalition au pouvoir en Ethiopie a accusé lundi le Premier ministre Abiy Ahmed d'avoir ciblé des personnalités d'ethnie tigréenne dans une campagne de lutte contre la corruption au sein des services de sécurité.

Debretsion Gebremichael, président du Front de libération du peuple tigréen (TPLF), a estimé que l'arrestation la semaine passée de 63 officiers de l'armée et des services de renseignement, accusés de corruption et de violation des droits de l'homme, était destinée à "soumettre les Tigréens"."Nous ne transigeons pas avec l'État de droit - chacun d'entre nous doit être tenu responsable de ses actions -, mais les arrestations de masse ne devraient pas être utilisées pour masquer des visées politiques", a-t-il ajouté.A la pointe du combat contre le régime du dictateur Mengistu Hailé Mariam, renversé en 1991, le TPLF est l'un des partis fondateurs du Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien (EPRDF), la coalition régnant depuis lors sur l'Éthiopie.Même si les Tigréens ne représentent que 6% de la population, le TPLF a longtemps été accusé d'avoir accaparé tous les leviers du pouvoir sous le régime de Meles Zenawi, Premier ministre de 1995 à sa mort en 2012, puis de son successeur Hailemariam Desalegn.Cette sur-représentation des Tigréens au sein de l'EPRDF a alimenté la frustration des ethnies oromo et amhara (environ 60% de la population) et est à l'origine des manifestations antigouvernementales débutées fin 2015 et qui ont fini par coûter son poste en début d'année à M. Hailemariam.Pour le remplacer, l'EPRDF, composée de quatre partis établis sur des bases ethniques, s'est tournée vers Ahmed Abiy, un Oromo de 42 ans, qui a rapidement multiplié les réformes, faisant perdre de son influence au TPLF et provoquant un certain ressentiment parmi les Tigréens.M. Gebremicheal a dit voir "la main d'un pays étranger" derrière les arrestations de la semaine dernière. Il n'a pas nommé le pays auquel il faisait allusion, mais il pourrait s'agir de l'Érythrée, ennemie jurée du TPLF et avec qui M. Abiy a signé un accord de paix en juillet.Parmi les personnes arrêtées figurent l'ex-chef adjoint des services de renseignement et le patron d'une entreprise dirigée par l'armée, la Metals and Engineering Corporation (METEC).Le procureur général avait indiqué à cette occasion qu'un officier de renseignement - non identifié - était soupçonné dans l'attaque à la grenade commise lors d'un meeting, en juin, de M. Abyi. L'attentat avait fait deux morts.