Ethiopie: un responsable du Tigré dénonce les dégâts causés par les troupes d'un "pays voisin"

Par AFP

AFRICA RADIO

Un responsable de l'administration intérimaire de la région éthiopienne du Tigré a dénoncé jeudi les destructions d'usines et d'universités causées par les troupes d'un "pays voisin" durant le conflit qui a frappé la région ces derniers mois.

Cette déclaration publique devant des médias d'Etat éthiopiens d'Alula Habteab, qui dirige le service de construction, des routes et transports au sein de l'administration de transition au Tigré, semble viser l'armée de l'Erythrée, pays frontalier de la région du Tigré plongée dans les combats depuis près de quatre mois.Le 4 novembre 2020, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a annoncé une offensive militaire contre le Front de libération du Peuple du Tigré (TPLF), parti qui gouvernait la région et accusé par Addis Abeba d'avoir attaqué des bases de l'armée fédérale.Il a proclamé la victoire le 28 novembre après la reprise de la capitale régionale Mekele, bien que le TPLF a juré de continuer à se battre. Des combats persistent.La présence de troupes venues d'Erythrée pour épauler les forces fédérales éthiopiennes a été rapportée par des habitants, des travailleurs humanitaires et des responsables locaux, mais a toujours été démentie par Asmara et Addis Abeba. Dans sa déclaration, Alula Habteab fait implicitement référence à des soldats venus d'Erythrée mais aussi de la région éthiopienne voisine d'Amhara."Il y avait des armées d'un pays voisin et d'une région voisine qui ont voulu profiter de l'objectif de maintien de l'ordre de cette guerre. Ces forces ont infligé plus de dégâts que la guerre elle-même", a-t-il déclaré.L'armée érythréenne a, selon lui, détruit les principales usines du Tigré, notamment les usines textiles Almeda et pharmaceutiques Adigrat, ainsi que deux grandes universités à Adigrat et Aksoum. "Les universités et usines produites par le Tigré ces 30 dernières années ont toutes été détruites", a-t-il déploré.Chose rare, il a également accusé l'armée fédérale éthiopienne d'avoir "saisi de nombreuses propriétés" appartenant au gouvernement de l'État du Tigré.Le Tigré est l'un des dix États semi-autonomes de l'Ethiopie, pays divisé en grande partie sur des critères ethniques.Le TPLF a dominé le gouvernement fédéral pendant près de trois décennies avant l'arrivée au pouvoir en 2018 d'Abiy Ahmed.Sous la direction du TPLF, l'Éthiopie a mené une guerre frontalière sanglante avec l'Érythrée entre 1998 et 2000, suivie d'une longue impasse diplomatique.Abiy Ahmed a remporté le prix Nobel de la paix en 2019 en grande partie pour avoir initié un rapprochement avec l'Érythrée, dont le président Issaias Aferworki est un ennemi de longue date du TPLF. Le Tigré et la région voisine d'Amhara nourrissent aussi une certaine hostilité en raison de conflits fonciers et politiques. La présence de miliciens d'Amhara aux côtés des troupes fédérales au Tigré a également été largement documentée.