Gabon: premier jour d'une grève des pétroliers qui "pourrait être longue"

1er avril 2011 à 14h19 par La rédaction

LIBREVILLE (AFP)

Le Gabon est entré vendredi dans la première journée de grève du secteur pétrolier sans ruée vers les stations services mais le principal syndicat des employés du secteur a prévenu que la grève "pourrait être longue".

L'Organisation nationale des employés du pétrole (Onep), qui regroupe 4.000 des 5.000 employés du secteur et dont les mouvements sont généralement très suivis a appelé jeudi à la grève pour le soir-même minuit afin d'obtenir qu'un décret réglemente l'emploi de la main d'oeuvre étrangère.

A Port-Gentil, environ 300 personnes étaient rassemblées vendredi matin devant le siège de Total Gabon où l'on pouvait lire sur des banderoles: "grève générale illimitée contre l'emploi abusif de la main d'oeuvre étrangère" et "décret !".

"La présence des adhérents (du syndicat) au siège de Total Gabon c'est pour un piquet de grève, une grève qui pourrait être longue", a dit sur les lieux Hans Landry Ivala secrétaire général adjoint de l'Onep.

"Les choses se lancent petit à petit", a jugé le responsable du syndicat estimant qu'il faudrait attendre "dans la journée ou d'ici demain (samedi)" pour évaluer la participation.

Interrogé sur le délai avant qu'il n'y ait plus de carburant à la pompe dans le pays, M. Landry Ivala a répondu que "l'autonomie, c'est environ 72H00 en consommation normale", soulignant que cela dépendait de l'attitude des automobilistes qui ont pu anticiper et constituer des réserves.

"La centrale thermique de Port-Gentil qui alimente la ville en électricité fonctionne au gaz.Elle est elle-même approvisionnée en gaz par pipeline du site de Batanga (sud-ouest) de Perenco.Pour le moment, elle est approvisionnée et ca fonctionne.S'il y a arrêt à Batanga, cela aura forcément des conséquences à Port-Gentil", a par ailleurs expliqué sous couvert de l'anonymat un employé de la Société d'énergie et d'eau du Gabon (SEEG).

Dans quelques stations-service de Libreville des files d'attente ont commencé à se former dans l'après-midi de vendredi, a constaté un journaliste de l'AFP.

Dans la matinée de vendredi, les automobilistes n'étaient majoritairement pas informés de la grève."Les clients n'en parlent pas spécialement, nous n'avons aucune information là-dessus (sur la grève)", avait déclaré Romain Loundou, gérant d'une station du centre-ville de la capitale gabonaise, alors que l'approvisionnement en carburant ne posait pas de problème à Libreville comme à Port-Gentil.

Le puissant syndicat des employés avait d'abord annoncé le 21 mars une grève pour le 27 à minuit, mais après une semaine de négociations avec le gouvernement il avait suspendu son appel dans l'attente que le conseil des ministres publie mercredi un décret réglementant l'emploi de main d'oeuvre étrangère.

"Nous espérions que le gouvernement prendrait ce décret qui est prêt, mais le gouvernement a préféré dire qu'il fallait consulter tous les partenaires sociaux", a dit M. Landry Ivala qui souhaite "à compétence égale, (...) une préférence nationale pour l'emploi d'un Gabonais".

A l'issue de ce conseil des ministres décentralisé à Makokou (nord-est), le président gabonais Ali Bongo Ondimba avait annoncé un train de mesures dont une "une large concertation" visant à "définir les conditions d'accueil des travailleurs étrangers", "à promouvoir l'emploi des jeunes gabonais et endiguer l'accroissement du chômage", ainsi qu'un audit du secteur.

Le pétrole est la principale richesse du Gabon, qui en produit entre 220.000 et 240.000 barils par jour.Officiellement, ses recettes assurent à l'Etat "environ 60%" de son budget.

En avril 2010, l'Onep avait lancé une grève "illimitée" qui avait été interrompue deux jours après en raison de promesses de négociation du gouvernement.