L'Afrique de l'Ouest veut interdire le voile islamique intégral pour lutter contre les attentats-suicides

17 décembre 2015 à 22h13 par La rédaction

Abuja (AFP) L'Afrique de l'Ouest a recommandé jeudi l'interdiction du voile islamique intégral face à la multiplication des attaques de femmes kamikazes, une mesure sans précédent dans cette région qui compte de nombreux pays à majorité musulmane.Réunis en sommet à Abuja, la capitale du Nigeria, les chefs d'Etat et de gouvernement ouest-africains se sont entendus pour prendre "des mesures appropriées visant l'interdiction de tout port vestimentaire rendant difficile l'identification des personnes", selon le communiqué final en français.Le Congo-Brazzaville a été le premier pays à interdire le port du voile intégral début mai.Le Tchad l'a interdit sur l'ensemble de son territoire en juin, à la suite d'un double attentat-suicide à N'Djamena, attribué au groupe islamiste nigérian Boko Haram.Le Cameroun et le Niger ont pris des mesures similaires en juillet, dans certaines de leurs régions frappées par des attaques kamikazes.Boko Haram, qui mène une insurrection dévastatrice depuis 2009, s'est fait depuis un an et demi une macabre spécialité de ces attentats pour lesquels le groupe islamiste n'hésite pas à recourir à des femmes, des adolescentes et des enfants. Les ceintures d'explosifs sont souvent déclenchées à distance, selon une responsable de l'ONU.Les attaques de Boko Haram ont touché non seulement le nord du Nigeria, mais aussi les pays voisins, le Tchad, le sud-est du Niger et le nord du Cameroun.Elles visent généralement des lieux publics, marchés, gares routières, mosquées les jours de prières, pour tuer le maximum de victimes civiles. Le dernier attentat-suicide s'est produit mercredi à Mafa, dans le nord-est du Nigeria, où quatre jeunes femmes bardées de ceinture d'explosifs dissimulées sous leurs vêtements ont attaqué un poste de contrôle.Selon un responsable local, il s'agissait de fillettes âgées de 9 à 12 ans. "Certains ports vestimentaires qui rendent impossible l'identification des personnes concernées peuvent considérablement gêner la conduite d'actions préventives de préservation de la sécurité des personnes et des biens", notent les 15 dirigeants de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao).Chaque pays est invité à agir en tenant compte de ses "réalités nationales".- les habitants de plus en plus méfiants -L'islam est la religion largement majoritaire dans toute la région sahélienne, qui traverse toute l'Afrique de l'Ouest.Le port du voile islamique diffère cependant beaucoup selon les pays.Alors qu'au Sénégal, le phénomène est resté marginal, il s'est beaucoup développé ces dernières années en Guinée, aussi bien dans la capitale Conakry qu'en province, selon les correspondants de l'AFP - ces deux pays étant très majoritairement musulmans.Au Burkina Faso (islamisé à 60%), de plus en plus de femmes sont vêtues du voile intégral dans les quartiers musulmans de Ouagadougou et à Bobo Dioulasso, la deuxième ville du pays.En Côte d'Ivoire (40% de musulmans) on aperçoit de plus en plus de femmes qui le portent, même à Abidjan, capitale assez tournée vers l'Occident.Au Niger, seules les autorités de la région de Diffa (sud-est nigérien frontalier du Nigeria), confrontée depuis février aux attaques de Boko Haram, ont interdit le port du voile intégral "pour des raisons de sécurité". Mais le port du niqab est très marginal dans ce pays majoritairement musulman. De plus en plus méfiants, de nombreux Nigériens se disent favorables à l'interdiction."Avec ce qui se passe ailleurs, j'ai déjà renvoyé quelques femmes aux visages voilées de mon échoppe", a confié à l'AFP un vendeur de produits cosmétiques du Grand marché de Niamey."Malheureusement c'est à travers elles (les femmes voilées) que ces mouvements bandits profitent pour semer des crimes odieux envers nos populations", a déploré Adamou Idé, un écrivain nigérien.Rarissime il y a une décennie en Afrique centrale, le port du voile intégral tend a s'y développer. Au Gabon la police a d'ailleurs reçu instruction de renforcer les contrôles des femmes le portant.