Libye: pas d'accord politique en vue, Londres reconnaît le CNT

Par La rédaction

TRIPOLI (AFP) - (AFP)

 Les deux camps en conflit en Libye demeurent "loin d'un accord politique", a déploré l'envoyé spécial de l'ONU, tandis que Londres a indiqué considérer désormais le Conseil national de transition (CNT) comme seul "gouvernement légitime" du peuple libyen.

L'envoyé spécial de l'ONU pour la Libye, Adbel-Elah Al-Khatib, n'a fait état d'aucun progrès à l'issue de ses discussions en début de semaine avec des représentants du CNT, organe politique de la rébellion, à Benghazi (est), puis avec le Premier ministre libyen Baghdadi Al-Mahmoudi mardi à Tripoli.

"Il apparaît clairement sur la base des discussions à Tripoli et Benghazi (...) que les deux camps restent loin d'un accord sur une solution politique", a-t-il commenté.

La France et Grande-Bretagne, ainsi qu'un responsable de la rébellion ont suggéré ces derniers jours que le colonel Kadhafi pourrait être autorisé sous conditions à rester en Libye, du moment qu'il quittait le pouvoir.

Mais le Premier ministre libyen est demeuré inflexible à l'issue de sa rencontre avec l'émissaire de l'ONU, répétant qu'un départ du pouvoir du dirigeant Mouammar Kadhafi n'était "pas un sujet de discussion".

A Londres, le Foreign Office a annoncé mercredi que la Grande-Bretagne avait signifié leur expulsion aux derniers diplomates libyens encore en poste à Londres et invité le CNT à prendre possession de l'ambassade.

"Le chargé d'affaires libyen a été convoqué au Foreign Office qui lui a notifié que lui-même et les autres diplomates libyens encore présents faisaient l'objet d'une mesure d'expulsion", a indiqué à l'AFP un porte-parole du ministère britannique des Affaires étrangères.

La Grande-Bretagne a dans la foulée reconnu le CNT comme seul "gouvernement légitime" du peuple libyen.Londres s'était peu à peu rapproché de l'opposition jusqu'à autoriser l'ouverture dans la capitale d'un bureau de représentation du CNT.

La Grande-Bretagne avait déjà expulsé début mai l'ambassadeur libyen, Omar Jelban, au lendemain d'attaques contre des bâtiments diplomatiques britanniques à Tripoli.

Deux autres diplomates avaient été ensuite renvoyés chez eux, M. Hague jugeant que leurs "activités étaient contraires aux intérêts" britanniques.

"Cibles légitimes"

L'Otan de son côté maintient une forte pression sur les forces loyalistes avec toujours des dizaines de raids aériens chaque jour au-dessus du pays.

L'Alliance atlantique a mis en garde les forces du colonel contre la tentation de s'abriter dans des sites civils, prévenant qu'elles en feraient automatiquement des "cibles militaires légitime".

"Les forces pro-Kadhafi utilisent de plus en plus souvent des installations qui avaient au départ un usage civil" comme des étables, des bâtiments agricoles, des entrepôts ou des usines, a expliqué mardi le porte-parole de l'opération "Protecteur unifié" de l'Otan, le colonel Roland Lavoie.

Cet avertissement, qui semble dénoter un durcissement de la stratégie de l'Otan, intervient peu après une visite de presse organisée par le régime dans la ville de Zliten, à 150 km à l'est de la capitale, où les partisans du colonel avaient montré plusieurs bâtiments civils détruits selon eux par l'Otan et affirmé que sept personnes avaient péri dans ces frappes.

L'Otan a par ailleurs indiqué dans son point quotidien avoir frappé mardi 5 véhicules militaires et un tank à Brega, un site militaire et quatre batteries anti-aériennes à Tripoli, ainsi que quatre véhicules de ravitaillement et deux sites militaires à Zliten.

A Benghazi, fief de la rébellion, des expatriés libyens ont annoncé mardi avoir créé un parti politique, une première depuis des décennies dans ce pays dirigé d'une main de fer par le colonel Kadhafi depuis près de 42 ans.

"Nous nous appelons le Parti de la Nouvelle Libye parce que tout a été détruit", a expliqué Ramadan Ben Amer, l'un des co-fondateurs du parti à l'AFP.

"Kadhafi dit qu'il a construit la Libye pierre après pierre, mais, notamment à Benghazi, il l'a détruite pierre après pierre".

A Tripoli, Abdelbaset al-Megrahi, un Libyen condamné à la prison à vie pour l'attentat de Lockerbie et libéré par l'Ecosse, est apparu en public mardi pour la première fois depuis près de deux ans, lors d'un meeting de sa tribu en soutien au colonel Kadhafi.Il avait été libéré en août 2009 pour des raisons de santé.