Libye: un cameraman d'Al-Jazira tué, les Arabes pour une zone d'exclusion

12 mars 2011 à 19h03 par La rédaction

AL-UQAILA (Libye) (AFP)

Un cameraman de la chaîne Al-Jazira a été tué dans une embuscade près de Benghazi, fief de l'opposition dans l'est de la Libye, a annoncé samedi la télévision satellitaire qatarie.

C'est la première fois qu'un média étranger annonce la mort d'un de ses journalistes en Libye depuis le début de l'insurrection contre le dirigeant Mouammar Kadhafi le 15 février.

Le régime de Kadhafi, déterminé à venir à bout de l'insurrection, a de nouveau lancé samedi son aviation contre les rebelles, au moment où la Ligue arabe a appelé l'ONU à autoriser une zone d'exclusion aérienne pour protéger le peuple de Libye.

Alors que les loyalistes avançaient vers l'Est le long de la côte libyenne, repoussant davantage les rebelles, l'un des fils de Mouammar Kadhafi, Seif al-Islam, a promis "une guerre jusqu'au bout", affirmant que les forces gouvernementales avaient déjà repris "90% du pays".

Face à la répression sanglante de la révolte qui a fait des centaines de morts depuis le 15 février et poussé à la fuite plus de 250.000 personnes, la Ligue arabe réunie au Caire, a estimé que le régime libyen avait "perdu sa légitimité" du fait des "violations dangereuses" commises contre son peuple.

Elle a par conséquent appelé le Conseil de sécurité à autoriser la mise en place d'une zone d'exclusion aérienne pour protéger le peuple.Elle a aussi décidé de "coopérer" avec le Conseil national de transition (CNT), créé par l'opposition et basé à Benghazi à près de 1.000 km à l'est de Tripoli.

Pour le chef de la Ligue arabe Amr Moussa, cette "coopération" équivaut à une reconnaissance de l'opposition qui réclame le départ de M. Kadhafi du pouvoir après plus de quatre décennies de règne sans partage.

L'annonce de la Ligue arabe risque de peser sur les Etats-Unis et l'Europe qui semblent hésitants à l'instauration d'une zone d'exclusion, même s'ils ont souligné la possibilité d'utiliser "toutes les options" contre M. Kadhafi, qui reste sourd aux appels à arrêter la répression et à s'en aller.

En tout état de cause, l'Union européenne, qui a reconnu le CNT comme un "interlocuteur politique", et les Etats-Unis insistent sur la nécessité d'un mandat de l'ONU en vue d'une telle mesure.

Signe de cette hésitation, le ministre américain de la Défense Robert Gates a déclaré qu'il n'était pas sûr qu'imposer une zone d'exclusion aérienne soit une décision "sage", tout en assurant que les Etats-Unis et leurs alliés avaient la capacité de le faire.

La mise en place d'une telle opération nécessite des centaines d'avions pour interdire le survol d'un territoire de près de 1,8 million de km2 et clouer l'aviation libyenne au sol, une arme actuellement utilisée par le régime pour reconquérir les villes aux mains de rebelles moins bien armés.

Sur le terrain, l'aviation a lancé deux nouveaux raids sur un poste de contrôle des insurgés à Al-Uqaila, sur la ligne de front à quelques dizaines de kilomètres à l'est de la ville pétrolière de Ras Lanouf, ancienne base avancée de l'insurrection reconquise par les pro-Kadhafi après des raids intenses.

Les forces pro-Kadhafi ont fêté la reconquête de Ras Lanouf et de la bourgade de Ben Jawad, à quelques dizaines de kilomètres à l'ouest, où les destructions témoignaient de la violence des combats, selon un journaliste de l'AFP sur place.

Après les raids et alors que des avions de chasse survolaient la zone, des dizaines de véhicules transportant des rebelles ont fui Al-Uqaila vers Brega, à 40 km plus à l'est.Autre site pétrolier stratégique, Brega ressemblait à une ville fantôme et aucun signe ne permettait de dire qui la contrôlait.

Les insurgés semblent se concentrer sur ce nouveau front, avec quelque 70 combattants visibles sur la route côtière menant à Brega.

"Ce matin, nous étions à 30 km (à l'ouest) d'ici, mais nous avons dû nous replier en raison du bombardement", a expliqué à l'AFP un rebelle armé d'une kalachnikov au point de contrôle bombardé d'Al-Uqaila."Inchallah, nous allons essayer d'envoyer des gens pour la contre-attaque".

A mesure que les rebelles se replient vers l'Est, ils se rapprochent plus de la ville d'Ajdabiya, qui mène au fief de l'insurrection, Benghazi.

Dans l'Ouest, Zawiyah, qui fut le bastion rebelle le plus proche de la capitale, est tombée aux mains du régime qui a fêté sa "victoire" après plus de deux semaines de résistance acharnée.Des témoins ont parlé de violents combats et certains de "massacre".D'autres ont évoqué des vagues d'arrestations.

En revanche, les rebelles contrôlaient toujours Misrata (150 km à l'est de Tripoli) et plusieurs villes du Nord-Ouest, en particulier dans la région montagneuse du Jabal Al-Gharbi, selon des témoignages.

Malgré les mauvaises nouvelles du front, des volontaires quasi désarmés continuaient de s'enrôler à Benghazi."Nous n'avons pas peur de cette armée composée à 90% de mercenaires.Nous pouvons les battre", a assuré l'un d'eux.

Au 26e jour de l'insurrection, une mission humanitaire de l'ONU est arrivée en Libye pour "évaluer les besoins humanitaires" et s'assurer que l'aide pourra parvenir à destination.