"Marc Ravalomanana viendra, c'est sûr...", pensent ses partisans à Madagascar

19 février 2011 à 19h22 par La rédaction

ANTANANARIVO (AFP)


"Marre de la transition!nous voulons notre président!": des milliers de partisans de Marc Ravalomanana se sont rassemblés en vain samedi devant l'aéroport d'Antanananarivo, dans l'espoir d'un hypothétique retour d'exil du président déchu malgache.

Les plus motivés sont arrivés aux premières heures de la matinée, pour se retrouver nez-à-nez avec un cordon de policiers bloquant l'accès à l'enceinte de l'aéroport international d'Ivato, en périphérie de la capitale.

Le temps passant, plusieurs milliers étaient agglutinés sur près de cinq kilomètres le long de l'avenue menant l'aéroport.

Assis patiemment sur des talus le long de la chaussée, les partisans du président déchu arborent les couleurs bleu et verte de leur héros, brandissent des pancartes à son effigie.

"Nous sommes arrivés de la Réunion hier soir (vendredi) pour accueillir notre président", raconte Pierre, 52 ans, au côté de son épouse."Nous en avons marre de ces deux ans de transition", clame Vohirana, 35 ans.

Nul ne doute de l'arrivée imminente de M. Ravalomanana, dont le retour annoncé jeudi depuis son exil sud-africain alimente toutes les spéculations sur la Grande Ile.

Confronté à une vive contestation populaire en 2009, l'ex-président avait été contraint de remettre ses pouvoirs à un directoire militaire qui les avait immédiatement transférés à Andry Rajoelina, son principal opposant, aujourd'hui toujours au pouvoir à la tête d'une Haute autorité de transition.

M. Ravalomanana a été condamné depuis par contumace aux travaux forcés à perpétuité en août 2010 pour la mort d'une trentaine de manifestants devant le palais présidentiel le 7 février 2009.

Dénonçant un "grand coup de bluff" mais prenant tout de même "les mesures de sécurité nécessaires", le régime de M. Rajoelina a prévenu que l'ex-président serait immédiatement arrêté s'il persistait à rentrer.

Entre-temps, l'aviation civile malgache est discrètement intervenue auprès de la compagnie aérienne sud-africaine Airlink, et M. Ravalomanana s'est vu refuser l'embarquement à Johannesburg.

Un de ses collaborateurs a ensuite annoncé que l'ex-président étudiait d'autres possibilités de retour, notamment par avion privé.

En début d'après-midi, la grande majorité des sympathisants de l'ex-chef d'Etat rassemblés devant l'aéroport d'Antananarivo ignorent la nouvelle.

Le nez en l'air, beaucoup s'exclament dès qu'un avion se profile à l'horizon."Ravalomanana arrivera à 16H00 d'Afrique du Sud", assure d'un ton péremptoire Eric, 36 ans.

"Il y a quelques problèmes, je ne sais pas ce qui se passe, mais il viendra, c'est sûr", croit une cinquantenaire endimanchée, Nirina.

La situation est calme, l'ambiance reste à l'attente, même si au fur et à mesure que la foule grossit, la circulation automobile sur l'avenue menant à l'aéroport a été interrompue.Les forces de l'ordre continuent de contrôler l'accés à l'entrée du parking de l'aéroport.

A mesure que le temps passe, la "rumeur" du départ avorté de Marc Ravalomanana fait son chemin.L'un de ses lieutenants rassure: "il a pris finalement un avion privé".

L'arrivée dans l'après-midi du vol régulier SA 8252 en provenance de Johannesburg, sans Marc Ravalomanana, douche les derniers espoirs.Son avocate, présente dans l'avion, improvise une brève conférence de presse, dénonce cette situation de "persona non grata".L'aérogare se vide inexorablement.La nuit tombée donne le signal du départ général, à pied, en voiture ou en bus.

Devant l'évidence, les partisans du président déchu se résignent progressivement, tandis que circulent encore les rumeurs les plus fantaisistes, du genre: "il va prendre un avion ce soir".

"Ca fait rien, on est toujours prêt, on sera toujours pour lui", assure Haingo, jeune femme venue avec ses deux enfants"."Mais on a vraiment cru qu'il viendrait", lâche-t-elle, dépitée.