Mozambique: le président et les ex-rebelles Renamo veulent éviter l'escalade

Par La rédaction

MAPUTO (AFP)

Le président du Mozambique Armando Guebuza et l'ex-groupe rebelle Renamo ont affirmé mardi qu'ils voulaient éviter l'escalade, après des affrontements et la "dénonciation" de l'accord de paix qui avait mis fin à la guerre civile il y a 21 ans.  

"La Renamo réaffirme qu'elle ne veut pas un retour à la guerre", a déclaré Lourenço do Rosário, négociateur indépendant qui assure la liaison entre le pouvoir et les ex-rebelles.Et le président Guebuza a réaffirmé que "le dialogue est le meilleur moyen d'avancer malgré les accrochages", toujours selon le négociateur. 

Les écoles ont été fermées mardi dans les environs de la base militaire de la Renamo prise d'assaut lundi par l'armée, dans la région des monts Gorongosa, dans le centre du pays.L'assaut n'a pas fait de victimes, et le chef de la Renamo Afonso Dhakama a pu s'enfuir.Les ex-rebelles ont immédiatement réagi en dénonçant l'accord de paix signé en 1992, qui avait mis fin à 16 ans de guerre civile meurtrière -- un million de morts et un pays dévasté--.

Mardi matin, des éléments isolés de la Renamo, agissant de leur propre initiative, ont attaqué un poste de police dans le centre du pays, sans faire de victimes, laissant craindre une intensification des accrochages.

Le porte-parole de la Renamo, Fernando Mazanga, a certes admis que des ex-rebelles étaient à l'origine de l'attaque, mais assuré qu'ils avaient agi sans ordres, dans une réaction spontanée à l'attaque de leur base par l'armée.

Face à cette escalade de la violence, les Etats-Unis, par la voie de leur ambassade à Maputo, ont rapidement fait part de leur inquiétude dans un communiqué: "Nous appelons toutes les parties à faire preuve de retenue, et à prendre des mesures visibles et efficaces pour calmer les tensions et éviter les risques d'escalade du conflit".

La Renamo a promis de ne pas lancer de représailles après l'attaque de sa base, mais a demandé aux troupes gouvernementales de se retirer.

La Renamo, a indiqué le négociateur, "ne va pas riposter à l'attaque des troupes gouvernementales, mais demande à ce que le chef de l'Etat retire ses troupes de la zone, de façon à ce que le leader de l'opposition Afonso Dhlakama puisse continuer à diriger ses forces". 

"Il est disponible pour revenir à la table des négociations dès cette semaine", a-t-il précisé.

La Renamo, mouvement anti-communiste qui a mené une guerre contre le Frelimo marxiste entre 1977 et 1992 et s'est particulièrement fait remarquer par sa cruauté envers les civils, a perdu aujourd'hui les soutiens qui étaient les siens à l'époque de la guerre froide, notamment de la part de sa grande voisine l'Afrique du Sud.

Selon Aditi Lalbahadur, chercheuse à l'institut sud-africain des affaires internationales, la Renamo n'a de toute façon pas les moyens militaires de relancer un conflit. 

De son côté, le gouvernement, qui commence à exploiter les énormes ressources d'hydrocarbures récemment découvertes, n'a aucun intérêt à susciter l'insécurité dans le pays: "Le Mozambique s'efforce d'attirer les investisseurs étrangers, donc toute forme d'instabilité politique jouerait en leur défaveur", dit cette analyste.

Après des années de paix, la situation a toutefois commencé à se dégrader l'année dernière, lorsque Dhlakama a établi une nouvelle base dans les monts Gorongosa et recommencé à entraîner des guérilleros.Depuis avril dernier, les tensions qui couvaient se sont transformées à nouveau en affrontements armés.

L'ex-guérilla, devenue premier parti d'opposition du pays, dénonce la politique du Frelimo, au pouvoir depuis 1975, qu'elle accuse d'accaparer le pouvoir et les richesses naturelles.Le Frelimo avait obtenu 75% des voix à la présidentielle de 2009, contre un peu plus de 16% à la Renamo, qui a crié à la fraude.