Nigeria: passeport confisqué pour l'ex-patron de la Banque centrale

Par La rédaction

Abuja (AFP)

Les autorités nigérianes ont confisqué le passeport de l'ex-gouverneur de la Banque centrale, déchu par le président Goodluck Jonathan après avoir dénoncé un scandale de corruption, faisant craindre une déstabilisation de l'économie du géant pétrolier ouest-africain dont la monnaie plonge.

Pour les observateurs nigérians et étrangers, le limogeage de Lamido Sanusi, officiellement pour "plusieurs imprudences et des manquements en matière de finance", est motivé par des raisons politiques.

L'ex-gouverneur, dont le mandat expirait en juin, a dénoncé récemment un énorme scandale de corruption qui tombe au pire moment pour le président Jonathan, confronté à une crise sans précédent au sein de son propre parti et critiqué pour son incapacité à mettre fin aux violences des islamistes de Boko Haram dans le nord du pays, à un an des élections générales.

Nasir El Rufai, ex-ministre passé dans l'opposition, a révélé vendredi à l'AFP qu'il était à l'aéroport de Lagos pour accueillir M. Sanusi à son retour du Niger, jeudi après-midi, quand les services de renseignement nigérians ont saisi le passeport de l'ex-gouverneur de la Banque centrale, quelques heures après l'annonce de son renvoi.

Selon lui, M. Sanusi n'avait pas récupéré son passeport vendredi matin.La porte-parole des services de renseignements n'était pas joignable vendredi.

M. Sanusi a déclenché un scandale politico-financier depuis qu'il a demandé des comptes à la Société pétrolière nationale nigériane (NNPC) sur 20 milliards de dollars de fonds publics manquants.

Son action - il a dénoncé les méfaits de la corruption, remis de l'ordre dans un secteur bancaire au bord de l'implosion et stabilisé la monnaie du pays le plus peuplé d'Afrique et premier producteur de pétrole du continent - a été saluée par de nombreux économistes nigérians et étrangers.

Mais cela lui a valu, également, de puissants ennemis politiques.

M. Sanusi a estimé que les accusations contre lui étaient sans fondement et liées à ses critiques contre la NNPC, considérée comme un épicentre de la corruption.

En septembre, il avait accusé publiquement la NNPC de devoir à l'Etat près de 50 milliards de dollars de revenus pétroliers.

Il avait ensuite revu ce chiffre à la baisse, annonçant qu'il ne manquait "que" 12 milliards, laissant planer des rumeurs de pressions politiques.

Il était revenu sur le sujet début février, dénonçant une perte d'environ 20 milliards pour le Nigeria entre janvier 2012 et juillet 2013, en partie à cause du paiement douteux de subventions sur le kérozène par la NNPC.Celle-ci a nié.

 

- Craintes sur la devise nationale -

 

Son renvoi a suscité des inquiétudes sur la santé du naira, la monnaie nationale, et les perspectives économiques du pays.

Pour Razia Kahn, responsable de recherches à la banque Standard Chartered, la confiance des investisseurs a d'ores et déjà été affectée.

Le naira est tombé à 168,90 pour un dollar après l'annonce du limogeage, son niveau le plus bas depuis deux décennies, avant de se reprendre vendredi matin à 166,37 pour un dollar.

"On s'attend à un nouvelle accès de faiblesse du naira", a ajouté Razia Kahn.

"Le naira nigérian, qui a été une des devises africaines les plus stables ces cinq dernières années, devrait chuter en raison de cette nouvelle instabilité politique", a renchéri dans un communiqué le centre d'études Damina Advisors.

Pour remplacer M. Sanusi, le président nigérian a nommé Godwin Emefiele, actuel patron de la banque nigériane Zenith.

Ce dernier avait critiqué la politique de son prédécesseur mais son opinion pourrait évoluer une fois à la tête de la Banque centrale, selon Razia Kahn.

Pour l'analyste politique Bamidele Aturo, le renvoi de l'ex-gouverneur "en dit long sur le désespoir qui a atteint la présidence et ses alliés".

Le Parti démocratique populaire (PDP) du président Jonathan fait face à une crise interne sans précédent et se trouve défié par une grande coalition de l'opposition.

Le PDP, délaissé par des dizaines de députés qui ont rejoint le Parti des congressistes, principale formation d'opposition, pourrait essuyer aux élections générales de 2015 sa première défaite depuis la fin des régimes militaires en 1999.

La volonté de se représenter prêtée à M. Jonathan attise les tensions, même s'il n'a pas encore annoncé ses intentions.