Ouganda: la police a arrêté plusieurs dirigeants de l'opposition

18 avril 2011 à 5h56 par La rédaction

KAMPALA (AFP)

La police ougandaise a arrêté lundi plusieurs dirigeants de l'opposition, dont son leader Kizza Besigye, qui avaient l'intention de prendre part à une manifestation sur la cherté de la vie, ont annoncé la police et des responsables de son parti.

"Besigye a été arrêté au moment où il quittait sa maison ce matin (lundi) et il est détenu (au commissariat de police de) Kasangati", à la périphérie de Kampala, a déclaré à l'AFP Alice Alaso, secrétaire générale du parti Forum pour le changement démocratique.

Judith Nabakooba, porte-parole de la police, a confirmé son arrestation en affirmant cependant qu'elle n'avait rien à voir avec la manifestation prévue lundi.

Deux autres responsables de l'opposition ont également été interpellés lundi matin par la police, le leader du Parti démocratique, Norbert Mao, ainsi que le dirigeant du Congrès du peuple ougandais (UPC), Olara Otunnu, selon l'opposition.

Tous deux ont été arrêtés alors qu'ils s'apprêtaient à manifester à Kampala, a indiqué à l'AFP l'un des organisateurs de la marche, Mathias Mpuuga.

Ces arrestations interviennent après plusieurs tentatives de manifestation organisées la semaine dernière par l'opposition pour protester contre l'augmentation des produits de première nécessité.

Les rassemblements avaient été immédiatement dispersés par la police, donnant lieu à des affrontements qui ont fait au moins une soixantaine de blessés, à Kampala mais également dans plusieurs villes de province, selon un bilan de la Croix Rouge ougandaise.

Déjà interpellé le 16 avril pendant plusieurs heures et inculpé "d'incitation à la violence", M. Besigye avait été blessé à un doigt jeudi lors de l'une de ces interventions musclées des forces de l'ordre.

Vendredi, ce sont plusieurs milliers d'étudiants de la principale université de Kampala qui avaient protesté contre un projet d'augmentation des frais de scolarité.

M. Besigye avait été largement battu par le président sortant Yoweri Museveni (au pouvoir depuis 1986) lors de l'élection présidentielle de février dernier, un scrutin marqué par des fraudes du régime en place, selon l'opposition.

Tout au long de la campagne puis à l'issue de l'élection, l'opposant avait brandi la menace de manifestations de rue, affirmant croire à une possible révolte populaire sur le modèle de la révolution égyptienne.

Depuis lors, les autorités ont sévèrement mis en garde l'opposition contre toute manifestation "illégale" non autorisée par la police ou visant à un changement "anticonstitutionnel de régime".

"A Kampala, nous nous sommes occupés de Besigye, nous continuerons à nous occuper de lui et il n'y aura pas de manifestation", a prévenu samedi le président Museveni traitant le chef de l'opposition "d'idiot".

Dimanche, le gouvernement a de nouveau lancé "un fort avertissement" à l'opposition et dénoncé "un groupe motivé politiquement qui tente de saper l'autorité légitime afin de prendre le pouvoir par des moyens illégaux".

Face à la pression des autorités, M. Besigye et ses partisans ont recours depuis deux semaines à une méthode particulière: ils ont appelé les Ougandais à se rendre au travail à pied, espérant ainsi organiser une marche pour montrer au gouvernement le mécontentement présumé de la population.