Présence de Béchir au Tchad malgré des mandats de la CPI: la polémique enfle

22 juillet 2010 à 16h40 par La rédaction

N'DJAMENA (AFP)

La participation à un sommet régional à N'Djamena du président soudanais Omar el-Béchir, recherché par la Cour pénale internationale (CPI), a suscité jeudi une vive polémique, le Tchad ayant assuré qu'il ne sera pas inquiété malgré des appels à son interpellation.

La dernière invitation à livrer M. Béchir a émané jeudi après-midi de la Haute représentante de l'Union européenne (UE) pour les Affaires étrangères, Catherine Ashton.Elle a exhorté "le Tchad à respecter ses obligations dans le cadre du droit international" et l'a appelé "à arrêter et à déférer ceux qui sont inculpés par la CPI".

Omar el-Béchir est arrivé mercredi après-midi à N'Djamena pour le sommet de la Communauté des Etats sahélo-sahariens (Cen-Sad), qui doit s'ouvrir jeudi soir.

Avec son homologue tchadien Idriss Deby Itno, il avait magnifié la nouvelle tournure prise par leurs relations depuis l'accord signé en janvier, visant une "normalisation" de la situation après cinq ans de guerres par rébellions interposées.En gage de bonne foi, chacun a récemment refoulé ou expulsé des chefs rebelles au voisin.

Depuis lors, N'Djamena suit la position de l'Union africaine (UA), qui a décidé de ne pas coopérer avec la CPI après l'émission en mars 2009 d'un premier mandat d'arrêt contre M. Béchir pour crimes de guerre et contre l'humanité au Darfour, région de l'ouest du Soudan en guerre civile depuis sept ans (300.000 morts selon l'ONU, 10.000 d'après Khartoum).

L'UA a maintenu cette position après le second mandat de la CPI, lancé ce mois-ci, pour génocide au Darfour.

Mercredi, le ministre tchadien de l'Intérieur, Ahmat Mahamat Bachir avait assuré que M. Béchir ne serait pas arrêté durant son séjour à N'Djamena, martelant que le Tchad ne dépendait pas "des injonctions des organisations internationales."

Pour l'analyste tchadien Mbaïré Dessingar, cette décision relève "de la +realpolitik+.Le Tchad tient d'abord compte de ses intérêts".

"Le président Béchir ne devrait pas être fier.Il reste un suspect en fuite.(...) C'est juste une question de temps, il devra tôt ou tard se rendre à La Haye et faire face à la justice", a réagi jeudi le procureur de la CPI, Luis Moreno-Ocampo.

Le Tchad a ratifié le statut de Rome - fondateur de la CPI - qui l'oblige à coopérer avec la Cour", avait souligné la veille CPI, de même que le gouvernement américain.Les ONG Human Rights Watch (HRW) et Amnesty International ont demandé à N'Djamena de livrer M. Béchir à la Cour.

Au Tchad, des voix se sont aussi élevées jeudi en faveur de l'arrestation du président soudanais, mais l'homme de la rue estimait généralement que sa visite était une chance de vraie paix entre les deux voisins.

Dans un communiqué, le Collectif des associations de défense des droits de l'Homme (CADH), s'en est dit indigné et a réclamé l'arrestation de Béchir "pour le mettre à la disposition de la CPI".

"Le Tchad montre qu'il est pour l'impunité en laissant el-Béchir venir à N'Djamena", a estimé un de ses membres, Maxime Naguilem.

L'opposant Toko Manassé, président de la Convention nationale pour la paix et le Développement du Tchad (CNPDT), a jugé "anormal" que le Tchad ne respecte pas les conventions internationales qu'il ratifie.

En acceptant la visite de Béchir, "le Tchad fait comprendre à l'opinion qu'il est complice de ce qui s'est passé au Darfour et dans l'est du Tchad", théâtre d'attaques armées dont certaines ont été attribuées à des milices soudanaises, a dit M. Manassé.

Jonas Issa, fonctionnaire, n'est pas du même avis."Si (la venue de Béchir au Tchad) c'est pour la paix, pourquoi pas?", se demande-t-il.