Quinze jeunes enfants enlevés au Nigeria où prospère l'industrie du rapt

28 septembre 2010 à 18h33 par La rédaction

LAGOS (AFP)

Des hommes armés ont enlevé lundi 15 enfants à bord d'un bus scolaire, à l'occasion du premier rapt de cette ampleur dans le sud pétrolifère du Nigéria où les enlèvements pour rançons sont fréquents.

Le président nigérian Goodluck Jonathan a condamné ce rapt, et a assuré les parents des enfants, agés de trois à dix ans, que les autorités mettaient tout en oeuvre pour les retrouver, selon un communiqué de la présidence publiée mardi à Abuja.

Selon le porte-parole de l'Etat d'Abia, Geofrey Ogbonna, les ravisseurs ont demandé une rançon de près de 100.000 euros pour libérer les enfants qui étaient sur le chemin de leur école, la Abayi International School.

"Les ravisseurs ont contacté (le directeur de l'école privée) et ont demandé 20 millions de nairas (128.900 dollars, 95.650 euros)", a déclaré M. Ogbonna.

"Nous tentons de localiser l'endroit où les enfants sont détenus afin de les libérer", a-t-il poursuivi, précisant qu'ils n'auraient pas été blessés au cours de l'enlèvement.

Les malfaiteurs qui circulaient à bord d'une berline ont forcé le car à s'arrêter en lui coupant la route puis braqué une arme sur le chauffeur avant de prendre le contrôle du véhicule.

Les enfants enlevés seraient tous de nationalité nigériane et issus de foyers aisés, a précisé M. Ogbonna.

L'attaque a eu lieu à Aba, dans le sud de l'Etat d'Abia, l'un des neuf Etats du delta du Niger, région richissime en hydrocarbures où opèrent de nombreuses compagnies pétrolières internationales.

Les enlèvements dans le delta sont fréquents depuis plusieurs années.Ils sont généralement le fait de groupes armés, certais affirmant agir pour une plus juste répartition de la manne pétrolière, d'autres étant de simples gangs criminels.

La plupart du temps, les victimes sont relâchées au bout de quelques jours ou semaines après le versement d'une rançon.

Autrefois limités à la région du delta, où les ravisseurs ciblaient en particulier les employés expatriés de l'industrie pétrolière, ces enlèvements sont désormais de plus en plus fréquents dans l'ensemble du pays.

Ils visent maintenant aussi des hommes politiques et leur entourage, des dignitaires religieux ou encore des acteurs, et les observateurs ont décrit cette activité comme une véritable industrie, très lucrative.

La semaine dernière, ce sont trois marins français qui ont été enlevés dans la nuit de mardi à mercredi, lors de l'assaut d'un bateau opérant sur un champ pétrolier au large du delta du Niger.

L'exploitant du bateau, le groupe français de services maritimes Bourbon, a expliqué que "le navire Bourbon Alexandre et ses seize membres d'équipage ont fait l'objet d'un assaut conjugué de plusieurs canots rapides".

Le ministre français de la Défense, Hervé Morin a estimé qu'il s'agissait "d'un acte de piraterie classique".Les hommes n'ont pas été relâchés.

Un Thaïlandais a aussi été kidnappé la même nuit la semaine dernière, dans un incident séparé, et n'a pas non plus été remis en liberté.

En juillet, quatre journalistes nigérians avaient été enlevés sur une route de l'Etat d'Abia et retenus pendant une semaine.

Le delta du Niger est une zone clé pour le Nigeria, huitième exportateur mondial de brut, qui produit actuellement 2,14 millions de barils équivalent pétrole par jour (bep/j).

Cette région méridionale, sous-développée et pauvre, est le théâtre de violences depuis des années.Au plus fort des troubles, en 2009, la production avait chuté à moins d'un million de bep/j.

La production a rebondi à la faveur d'une accalmie suite à une amnistie présidentielle offerte en août 2009 aux militants qui ont été nombreux à déposer les armes.