RDC: la grève générale prend à Kinshasa, moins bien à Lubumbashi

Par La rédaction

Kinshasa (AFP)

Les habitants de Kinshasa sont restés massivement chez eux mardi, jour de grève générale décrétée par l'opposition au président Joseph Kabila, mais le mot d'ordre était peu suivi à Lubumbashi, la deuxième ville de la République démocratique du Congo.

Dans la capitale, il était impossible de capter par voie hertzienne la radio française RFI, très populaire en RDC, dont les deux fréquences étaient brouillées depuis le matin.

Les écoles et l'université ont été désertées et sur les grands axes, la circulation était extrêmement fluide et les piétons rares.Alors que Kinshasa offre d'ordinaire le spectacle d'une mégapole de dix millions d'habitants bruyante, embouteillée et bouillonnante, un silence inhabituel planait par moments sur certains quartiers.

Peu avant 15H00 (14H00 GMT), la police, déployée en force dans les quartiers populaires, ne signalait aucun incident.

Après plusieurs heures de paralysie des transports publics, la ville s'est éveillée timidement vers 10H00 (09H00 GMT) mais les bus circulaient pratiquement à vide et la plupart des boutiques étaient toujours fermées en milieu d'après-midi.

Les autorités avaient averti les fonctionnaires qu'ils seraient soumis à un pointage de rigueur mardi.Au comptoir de Congo Airways, la compagnie aérienne publique, les préposés à la vente des billets étaient à leur poste, mais impossible d'acheter son ticket: le guichet de la banque privée chargé de l'encaissement est fermé.

Plusieurs habitants ont expliqué avoir voulu s'assurer que la situation était "calme", dans une ville habituée aux violences à caractère politique, avant d'aller travailler.

En janvier 2015, plusieurs dizaines de personnes ont été tuées à Kinshasa dans des émeutes et leur répression.Les événements étaient partis d'un mouvement de contestation lancé par l'opposition mais ayant rapidement échappé au contrôle de ses organisateurs.

- Kabila "dupé" -

Le 16 février marque l'anniversaire de la répression meurtrière de la "marche des chrétiens" de 1992 partie des églises catholiques de Kinshasa après la messe dominicale pour tenter d'arracher la démocratie au dictateur Mobutu Sese Seko.

Estimant la démocratie "menacée", une coalition d'opposants a appelé à commémorer cet événement par une grève générale nationale afin d'adresser un "avertissement" au chef de l'�?tat.

La perspective de la tenue d'une présidentielle s'éloigne chaque jour davantage et l'opposition accuse M. Kabila, au pouvoir depuis 2001 et dont le mandat s'achève en décembre, de man�?uvrer pour contourner l'interdiction constitutionnelle qui lui est faite de se représenter.

Ces enjeux dépassent Henri-Paul, fonctionnaire, qui attend le bus en espérant pouvoir pointer dans son administration.

"Que ces politiciens se mettent d'accord, dit-il.Lorsqu'ils se disputent, c'est nous le petit peuple qui en payons le prix".

Mardochée Nsele est "wewa" (taxi-moto) et suit le mouvement de grève."Peut-être que ça va changer quelque chose dans le pays.Il faut que ça change, une meilleure gouvernance ne sortira que s'il y a la démocratie", dit cet homme de 30 ans affirmant être licencié en droit et n'avoir d'autre gagne-pain que sa moto.

L'immense majorité des Kinois survit grâce à de petits boulots informels.Pour nombre de ces "taux du jour", la question de travailler ou pas ne se pose pas.

"Moi, je suis là pour travailler mais il n'y a pas de clients", dit Innocent, motard, d'un air dépité sur une place Victoire pratiquement déserte dans le coeur populaire de Kinshasa.

La grève est "une réussite", estime un policier en civil rentrant du commissariat après son service."Si le président de la République pouvait se déguiser et prendre une voiture pour sillonner la ville de Kinshasa, il verrait que la majorité est en train de le duper" en affirmant que tout va bien, ajoute-t-il.

A Lubumbashi (sud-est), selon plusieurs témoins, la situation était "pratiquement normale" avec une affluence dans les rues un peu moins forte que d'habitude et un très important déploiement de la police et de l'armée dans la ville.

Selon des responsables de deux des principales entreprises minières qui font vivre la région, l'activité n'a pas été entravée par la grève. 

A Bukavu (est), bastion de l'Union pour la Nation congolaise (UNC), l'un des trois partis d'opposition, la grève générale était globalement bien suivie.L'UNC a dénoncé l'arrestation d'un des ses cadres locaux dans la région, François Yuma, par l'Agence nationale de renseignements (ANR).