Sarkozy rend un hommage contesté aux liens entre la France et l'Afrique

13 juillet 2010 à 18h51 par La rédaction

PARIS (AFP)

Le président français Nicolas Sarkozy a célébré mardi à Paris, devant les dirigeants de 13 pays d'Afrique francophone, la "force des liens" qui unissent la France et ses ex-colonies africaines, lors d'un hommage contesté organisé pour le Cinquantenaire de leur indépendance.

S'exprimant lors d'un déjeuner à l'Elysée, le chef de l'Etat français a justifié l'invitation faite à ses pairs et sa décision de faire défiler leurs troupes sur les Champs-Elysées pour la traditionnelle parade de la fête nationale du 14 juillet, qui ont suscité de multiples critiques.

Nicolas Sarkozy s'est défendu de toute "nostalgie coloniale", comme le reproche a pu lui en être fait, soulignant au contraire "l'injustice et les erreurs" de cette période.

L'objet de cette rencontre, a-t-il dit, "est de célébrer la force des liens que l'Histoire a tissés entre nos peuples.Et la force de cette rencontre, c'est de construire ensemble notre avenir".

Le président malien Amadou Toumani Touré a expliqué avoir répondu à cette invitation "par politesse (...) et par intérêt aussi"."C'est tout à fait un honneur, sinon un privilège", a-t-il dit.

Plusieurs ONG ont réuni 700 à 2.000 manifestants mardi soir à Paris pour dénoncer la présence, dans les contingents africains, de "criminels" ou "coupables de violations des droits de l'Homme", ce que l'Elysée a démenti."Nous sommes scandalisés de la présence dans la tribune officielle (...) de dictateurs qui tirent sur leur peuple", a déclaré Odile Tobner, présidente de Survie.

Elles ont également dénoncé la "Françafrique", terme qui recouvre un ensemble de relations opaques, politiques, d'affaires, voire d'affairisme, nouées par la France avec ses anciennes colonies.

Le Parti socialiste (opposition) a regretté "l'ambiguïté du choix d'un défilé militaire".

En réponse, Nicolas Sarkozy a plaidé la "spécificité" des liens franco-africains.

"Je sais bien tout ce que la notion de +relations privilégiées+, de +relations spéciales+ charrie de soupçons et fantasmes (...) mais le moment est venu de l'assumer ensemble, sans complexe et sans arrière-pensées", a-t-il jugé.

Dans ce "passé tumultueux", il a évoqué la "dette" de la France envers les pays africains "dont les fils ont versé leur sang pour libérer la France" lors de la Seconde Guerre mondiale.

Et il a profité de cette réunion pour annoncer l'alignement des pensions  de tous les anciens combattants de l'armée française résidant à l'étranger, quelle que soit leur nationalité.

Très attendue, cette décision devrait bénéficier à 30.000 personnes et faire l'objet d'un projet de loi "dès la rentrée prochaine".

"Votre décision sera unanimement saluée non seulement par les Etats ici, mais aussi par l'ensemble de nos opinions publiques", a lancé le président camerounais Paul Biya au nom de ses pairs (Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Centrafrique, Congo, Gabon, Mali, Mauritanie, Niger, Sénégal, Tchad et Togo).

Son homologue malien a salué "une décision historique à un moment historique".

Comme lors du sommet Afrique-France à Nice (sud) fin mai, le président français a défendu sa volonté de rénover les liens de la France avec l'ensemble de l'Afrique, malgré les critiques de ceux qui, comme récemment son ex-ambassadeur au Sénégal Jean-Christophe Rufin, ont dénoncé le retour "des vieux travers".

"La vieille notion de +pré-carré+ à vécu, la France ne se prétend plus votre partenaire exclusif", a-t-il dit.

Et à ses invités, il a confirmé l'engagement de la France à maintenir "un effort soutenu" d'aide au développement.Il a annoncé une enveloppe de 180 millions d'euros sur trois ans pour la formation d'au moins 50.000 jeunes Africains par an.

Dans l'après-midi, son épouse Carla Bruni-Sarkozy a accueilli les femmes des dirigeants africains avec qui elle s'est entretenue des questions de santé en Afrique.