Sénégal: réforme constitutionnelle controversée avant la présidentielle

Par La rédaction

DAKAR (AFP) - (AFP)

Le président sénégalais Abdoulaye Wade a soumis aux députés une réforme constitutionnelle visant à "renforcer la démocratie", mais dénoncée par l'opposition et la société civile comme une manoeuvre pour supprimer le second tour de la présidentielle.

"Ce projet de loi est motivé par la peur de perdre le pouvoir.C'est un tour de passe-passe pour supprimer le second tour", déclare Alioune Tine, président de la Rencontre africaine pour la défense des droits de l'homme (Raddho), ONG basée à Dakar.

Avec ce nouveau texte, "un président de la République peut être élu contre la volonté de 75% de la population", dit Mbaye Niang, député et porte-parole de la principale coalition de l'opposition.

L'Assemblée nationale se réunit jeudi en séance plénière pour examiner instituant le ticket de l'élection simultanée du président et du vice-président de la République au suffrage universel.

Le texte prévoit un "minimum de 25% des suffrages exprimés, dit minimum bloquant".Le ticket ayant obtenu au premier tour le quart ou plus des voix l'emporte.

"Mais dans le cas où aucun des tickets n'aurait 25%, naturellement, les deux tickets les mieux placés se retrouveront alors au second tour" et seront départagés par la règle de "la majorité relative", a expliqué mercredi soir Abdoulaye Babou, député membre de la majorité présidentielle, qui soutient la réforme.

Ce nouveau texte vise à changer celui en vigueur, imposant à tout candidat à la présidentielle de disposer de plus de 50% des voix pour être élu au premier tour.

Il est soumis au Parlement alors que "tous les sondages créditent Abdoulaye Wade au maximum de 27%" des voix au premier tour de la présidentielle prévue le 26 février 2012, selon Mbaye Niang.

Les estimations de vote confinent le président, candidat à sa propre succession à 85 ans, dans une fourchette comprise entre 25 et 30% des suffrages, écrivait mercredi le journal privé Sud Quotidien.

"Nous ne pouvons pas accepter qu'on change les règles du jeu à huit mois des élections", affirme M. Niang.

Le gouvernement a fait savoir qu'il ne renoncerait pas à ce projet de loi."Ce serait cesser d'être démocrate" que d'abandonner un projet qui vise "à renforcer la démocratie au Sénégal", a dit mardi le porte-parole du gouvernement, Moustapha Guirassy.

Selon lui, ce texte "est une vieille idée du chef de l'Etat" Abdoulaye Wade, au pouvoir depuis 2000, et n'a qu'un seul but: "le partage des pouvoirs" entre le président et le vice-président.

Plusieurs manifestations de l'opposition pour protester contre le nouveau texte ont été dispersées sans ménagement mercredi par la police dans plusieurs villes comme Dakar et sa banlieue de Pikine, Kaolack (centre).

A Paris, l'ambassade du Sénégal a été brièvement occupée mercredi par des manifestants sénégalais opposé au projet.

L'opposition et la société civile ont mis en place mercredi un "Mouvement national des forces vives" pour protester contre le nouveau texte.

Les détracteurs du projet estiment qu'il est également un coup fourré de M. Wade pour que son fils Karim, déjà "super ministre", lui succède.

"Avec ce projet, il y a des fenêtres qui donnent des possibilités à une dévolution monarchique" au profit de Karim Wade, estime Alioune Tine.

Le projet envisage qu'"en cas de démission, d'empêchement définitif ou de décès en cours de mandat, le président de la République est remplacé par le vice-président" qui, en tant que nouveau président, pourra nommer et révoquer le nouveau vice-président.

Ces accusations sont démenties par M. Guirassy selon qui le projet de loi apporte "toutes les garanties constitutionnelles" contre une "dévolution monarchique du pouvoir".