Togo: quelques milliers de manifestants contre le régime de Faure Gnassingbé

Par La rédaction

Lomé (AFP)

Quelques milliers de manifestants participaient vendredi à une marche dans le centre de la capitale togolaise Lomé pour réclamer une réforme de la Constitution qui barrerait la route à un nouveau mandat du président Faure Gnassingbé en 2015.

L'opposition et la société civile avaient appelé à une mobilisation "massive" pour engager "un bras de fer" avec le pouvoir dans un contexte africain marqué par le récent changement de régime au Burkina Faso.

Mais cette nouvelle manifestation était en milieu de journée un peu moins suivie que la marche similaire qui a été dispersée, vendredi dernier, par les forces de l'ordre à coup de gaz lacrymogène.

Le président Gnassingbé, au pouvoir depuis près de 10 ans, a déclenché la colère de l'opposition cette semaine en affirmant, lors d'une visite au Ghana, que la Constitution en vigueur au Togo, qui ne fixe aucune limite au nombre de mandats présidentiels, serait "rigoureusement respectée".Une manière de laisser entendre qu'il pourrait briguer un troisième quinquennat l'année prochaine.

Les manifestants, qui avaient commencé à converger vers le carrefour de la Colombe de la paix, point de départ de la marche, en début de matinée, ont entonné des chants traditionnels, au son des tam-tams, à l'arrivée de Jean-Pierre Fabre, le leader de l'opposition, vers 11h15 (locales et GMT), selon un journaliste de l'AFP sur place.

A la tête du Combat pour l'Alternance Politique (CAP2015), une coalition de huits partis d'opposition, M. Fabre a promis cette semaine de "maintenir la pression" sur le gouvernement pour obtenir des réformes constitutionnelles, sans lesquelles la présidentielle de l'année prochaine n'aurait, dit-il, "aucun sens".

 

 - 50 ans pour le père et le fils - 

 

M. Fabre a de nouveau affirmé vendredi à l'AFP que pour l'opposition, et selon "la volonté du peuple togolais", la question d'un troisième mandat de M. Gnassingbé "ne se pose même pas".Mais il s'est dit prêt à dialoguer à nouveau avec le président, qu'il a déjà rencontré la semaine dernière.

La marche a démarré vers 11h30 et doit suivre un itinéraire validé par le ministre de l'Administration du territoire Gilbert Bawara.

La semaine dernière, les forces de l'ordre avaient tiré des gaz lacrymogènes quand les manifestants avaient tenté de s'éloigner de l'itinéraire prévu pour rejoindre le Parlement, brandissant des pancartes comme "50 ans pour le père et fils, ça suffit!", ou "deux mandats, ça suffit!".

Porté au pouvoir par l'armée à la mort de son père, le général Gnassingbé Eyadéma qui a gouverné le Togo d'une main de fer pendant 38 ans, Faure Gnassingbé a remporté en 2005 et 2010 des scrutins présidentiels dont les résultats avaient été contestés par l'opposition.

Gnassingbé Eyadéma avait modifié la Constitution en 2002 pour y supprimer la limitation du nombre de mandats présidentiels. 

L'opposition togolaise réclame de longue date que la Constitution soit révisée, notamment afin de limiter le nombre de mandats, mais ces réformes ont été rejetées en juin par le Parlement, dominé par le parti au pouvoir. 

La mobilisation contre le régime du Togo survient moins d'un mois après les émeutes au Burkina Faso voisin.Celles-ci ont provoqué le 31 octobre la démission du président Blaise Compaoré alors qu'il avait l'intention de réviser la Constitution afin de se maintenir au pouvoir, après 27 années de règne.

La situation est cependant très différente dans les deux pays, rappellent les experts, notamment parce que le pouvoir est moins fragilisé au Togo, et parce qu'il est plus facile de bloquer que de forcer une réforme de la Constitution.

Le président français François Hollande a d'ailleurs demandé jeudi aux président africains de ne pas chercher à modifier la Constitution pour s'accrocher au pouvoir, rappelant qu'"on ne change pas l'ordre constitutionnel par intérêt personnel".

Mais dans le cas de pays comme le Togo, où les dirigeants peuvent rester en place sans restriction constitutionnelle de durée,  M.Hollande a simplement estimé qu'il convient de s'assurer d'élections "libres, plurielles et démocratiques".