Touristes scandinaves tuées au Maroc: la police focalisée sur un "mobile terroriste"

20 décembre 2018 à 13h58 par AFP

AFRICA RADIO

Les autorités marocaines penchent pour un "mobile terroriste" après trois nouvelles interpellations, jeudi, dans le cadre de l'enquête sur le meurtre de deux jeunes randonneuses scandinaves dans les montagnes du sud du Maroc.

Au cours d'un cours point de presse, le porte-parole du gouvernement, Mustapha Khalfi, a lui-même évoqué un "acte criminel et terroriste".

Au total, quatre hommes ont été arrêtés à Marrakech depuis la découverte lundi des corps des deux touristes norvégienne et danoise dans une vallée du massif du Haut-Atlas réputée pour ses sentiers de randonnée.

Le premier suspect, appartenant à "un groupe extrémiste", avait été interpellé dès lundi, avant que les trois autres ne soient appréhendés jeudi matin après diffusion d'un avis de recherche, a indiqué la police.

L'enquête s'emploie à "vérifier le mobile terroriste qui est soutenu par des preuves et par les données de l'enquête", a indiqué dans un communiqué le Bureau central d'investigations judiciaires (BCIJ), une unité de police d'élite chargée des investigations sur le terrain.

Les enquêteurs marocains s'emploient notamment à authentifier une "vidéo relayée sur les réseaux sociaux, présentée comme montrant le meurtre d'une des deux touristes", selon un communiqué du procureur de Rabat. 

Louisa Vesterager Jespersen, une étudiante danoise de 24 ans et un de ses amies, Maren Ueland, une Norvégienne de 28 ans, étaient parties pour un mois de vacances au Maroc.

Leurs corps ont été découverts sur un site isolé où elles avaient planté leur tente pour la nuit, à deux heures de marche du village d'Imlil, sur le chemin du Mont Toubkal, le plus haut sommet d'Afrique du Nord.L'une d'elles a été décapitée, selon une source proche du dossier.

- "Attaque brutale" -

A Copenhague, le Premier ministre danois, Lars Løkke Rasmussen, a dénoncé "un crime bestial".La Première ministre norvégienne, Erna Solberg, a condamné une "attaque brutale et dénuée de sens sur des innocents".

A Rabat, le porte-parole du gouvernement marocain a souligné les "efforts" des services de sécurité en matière de lutte contre le terrorisme et salué ceux qui "ont réussi en un temps record à arrêter les auteurs" présumés du double meurtre.

Selon les informations obtenues par l'AFP, la police marocaine envisageait sérieusement la "piste terroriste" depuis l'arrestation du premier suspect dans un quartier populaire de Marrakech.

"La piste radicale islamiste n'est pas écartée, du fait du profil du suspect arrêté et des trois hommes recherchés (...) qui ont des liens avec le milieu islamiste radical", avait déclaré mercredi à l'AFP une source proche du dossier.

- Vigilance -

Depuis des attaques suicide à Casablanca (33 morts) en 2003 et à Marrakech (17 morts) en 2011, le Maroc a musclé son dispositif sécuritaire et son arsenal législatif, tout en renforçant l'encadrement du secteur religieux et la coopération internationale antiterroriste.

"Depuis 2011, il n'y a pas eu d'atteinte à la sécurité au Maroc, en sept ans, c'est une performance vu le climat actuel de la région", a déclaré à l'AFP Abdelak Bassou, ancien directeur central des services généraux marocains associé au centre de recherche "Policy Center for The New South", basé à Rabat.

"Arriver au risque zéro est impossible, un attentat peut arriver partout, quelles que soient les mesures de sécurité et le degré de vigilance", a-t-il souligné.

Comme les plus hautes autorités, les habitants du village d'Imlil s'inquiètent des possibles répercussions sur le secteur touristique. 

Secteur clef pour l'économie marocaine, le tourisme représente 10% de la richesse du pays et constitue le deuxième employeur après l'agriculture.En 2017, le Maroc a enregistré un nombre record de touristes avec 11,35 millions de visiteurs.

Les trois hommes arrêtés jeudi sont originaires de Marrakech, selon l'avis de recherche et l'un d'eux a des antécédents judiciaires "liés à des actes terroristes", selon les informations obtenues par l'AFP.

Sur l'avis de recherche diffusé par les autorités, un des suspects est vêtu d'un vêtement long blanc, porte un "Kufi" (calotte blanche) sur la tête et arbore une barbe non taillée. Le deuxième porte également une barbe fournie, le troisième a un visage maigre cerné d'un bouc.

Les trois hommes étaient rasés et portaient des vêtements ordinaires lors de leur arrestation à la gare routière de Marrakech, selon des photographies diffusées par la police.D'après des médias marocains, les suspects qui tentaient de quitter la ville ont entre 25 et 33 ans et vivaient dans la précarité.