Tunisie: deux rappeurs et une journaliste franco-tunisienne en procès

Par La rédaction

Ben Arous (Tunisie) (AFP)

Deux rappeurs tunisiens ont comparu lundi en justice pour leur rôle présumé dans des heurts avec la police l'été dernier, alors qu'une journaliste franco-tunisienne poursuivie pour les mêmes faits était absente à l'ouverture du procès au tribunal de Ben Arous, près de Tunis,  selon une journaliste de l'AFP.

Aymen Feki dit "Men-Ay", Moustapha Fakhfakh dit "Mister Moustapha", ainsi que la journaliste Hind Meddeb sont poursuivis pour "outrage à un fonctionnaire public dans l'exercice de ses fonctions" et "atteinte aux bonnes m�?urs", des délits passibles respectivement d'un an et de six mois de prison ferme, selon le code pénal.

Ils sont accusés d'avoir provoqué des heurts avec des policiers lors de la condamnation en juin dernier du rappeur Weld El 15 à deux ans de prison ferme pour une chanson jugée insultante envers la police.Ce rappeur a vu sa peine réduite en appel à six mois de prison avec sursis pour sa chanson "Boulicia Kleb" (Les policiers sont des chiens).

Les deux jeunes musiciens ont été brièvement entendus par un juge du tribunal de première instance, qui a fixé au 25 novembre la prochaine audience de ce procès, à la demande des avocats.

"Mes clients sont poursuivis pour avoir hurlé un sentiment d'injustice après la condamnation de leur camarade", a indiqué à l'AFP Me Ghazi Mrabet, affirmant que la multiplication des procès contre les rappeurs "montre que la justice veut faire taire les artistes et à travers eux la jeunesse".

Selon l'avocat, la défense a demandé une nouvelle audience pour permettre à Hind Meddeb d'y assister.Selon lui, la journaliste était absente à l'ouverture du procès car elle n'avait "pas reçu de convocation".

Journaliste à France Info et membre du comité de soutien au rappeur Weld El 15, Hind Meddeb a quitté Tunis pour Paris en juin dernier, refusant de répondre à sa convocation du juge d'instruction.

"Nous avons choisi de nous présenter devant le juge par respect de la loi" a déclaré lundi Mister Moustapha, avant de lancer: "nous sommes la voix du peuple, nous n'avons peur de rien et nous n'avons rien à perdre".

Son co-acccusé Aymen Feki a dénoncé un "acharnement" contre les rappeurs. 

Les procès contre des artistes se sont multipliés relançant les critiques contre le pouvoir dirigé par les islamistes accusés de vouloir limiter la liberté d'expression acquise après la révolution de janvier 2011.

Lors du dernier en date, le rappeur Ahmed Ben Ahmed dit Kaly BBJ a été condamné fin septembre à six mois de prison ferme pour des chansons critiquant les autorités.