Zimbabwe: une période d'incertitude s'ouvre pour les entreprises étrangères

Par La rédaction

HARARE (AFP) - (AFP)

La journée de dimanche marquait la date butoir fixée par le Zimbabwe aux entreprises étrangères pour présenter un plan de transfert à des investisseurs noirs locaux mais l'incertitude demeure sur l'application de cette loi, source de nervosité et de tensions politiques.

La législation, présentée comme un acte de décolonisation économique par le camp du président Robert Mugabe, impose à ces sociétés ou leurs filiales de soumettre d'ici au 25 septembre un plan organisant la cession de 51% de leur capital à des Zimbabwéens noirs.

Onze ans après l'expropriation des Blancs de la plupart des grandes fermes, des banques, des compagnies minières mais aussi Nestlé ou American Tobacco sont concernées.

Mais les analystes sont sceptiques.

"Je ne vois pas où les locaux et le gouvernement vont trouver l'argent pour racheter les parts de ces entreprises, tout le monde sait ça", a exposé à l'AFP Anthony Hawkins, professeur d'économie à l'université du Zimbabwe.

Ce nouveau coup de barre, contesté par le camp du Premier ministre Morgan Tsvangirai, pourrait faire selon lui "autant" de dégâts économiques que la réforme agraire de l'an 2000, qui a permis à des partisans de Mugabe de saisir de plus de 3.000 fermes sur 4.500.

La production agricole a plongé et le pays, ancien grenier à céréales de l'Afrique australe, dépend aujourd'hui de l'aide alimentaire internationale.

"Ma crainte est qu'il s'agisse surtout d'une politique politicienne (...) Et cela va réduire les investissements dans le pays vu que les nouveaux propriétaires n'ont pas les moyens, par exemple, pour développer des projets", estime M. Hawkins.

Contrairement à la réforme agraire menée avec violence et précipitation, le pouvoir envoie cette fois-ci des signaux contradictoires et se montre flexible.

Le président Mugabe parle de "résultat gagnant-gagnant" et assure aux investisseurs que "leurs investissements dans le pays sont en sécurité" tandis que son ministre de l'Indigénisation, Savious Kasukuwere, agite le bâton.

"D'ici la fin septembre, toutes les compagnies minières qui ne seront pas en règle, nous les mettrons dehors!", a lancé en juillet M. Kasukuwere.L'"indigénisation" désigne la prise de contrôle des entreprises du pays par des Zimbabwéens noirs.Elle doit corriger les déséquilibre économiques hérités de la période coloniale achevée en 1980.

Finalement, un début d'accord a été trouvé le 12 septembre avec le géant minier Zimplats, premier investisseur étranger au Zimbabwe.Cette société est basée à Harare, à Guernesey et à Sidney où elle est cotée.

Filiale du groupe minier sud-africain Impala Platinum Holdings, elle a obtenu un nouveau délai de deux mois pour présenter son plan.

Analystes, responsables miniers, le gouverneur de la Banque centrale Gideon Gono: de nombreuses voix s'élèvent et craignent une fuite des investisseurs, au moment où le pays s'efforce de reconstruire son économie, ruinée par près de dix ans de crise économique, doublée d'une grave crise politique.

Les besoins pour la remise à niveau du secteur énergétique, du réseau routier et le rééquipement de l'industrie moribonde se chiffrent en milliards de dollars US.

William Black de la banque d'investissement privée sud-africaine Investec estime ainsi que le seuil de 51% est tout simplement trop élevé.

Mais l'application de ce seuil n'est pas si limpide.La Chambre des mines avait proposé par exemple que les investissements dans des projets sociaux, routes, écoles, cliniques, formation de travailleurs, soient pris en compte dans le calcul.Tout comme le soutien aux petits mineurs, l'achat de fourniture sur place, ou le lancement de nouvelles entreprises.