Nouveau variant: L'Afrique du Sud isolée, le tourisme inquiet et indigné

Par AFP

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La décision de Londres, suivi d'autres pays, d'interdire leur territoire aux Sud-Africains après la découverte d'un nouveau variant inquiétant, est "hâtive", "injuste" et "désastreuse", s'alarment vendredi des professionnels du tourisme, redoutant un "effet boule de neige" sur toute l'économie.

Johannesburg (AFP)

"C'est vraiment une réaction instinctive, prématurée", affirme à l'AFP Richard de la Rey, qui gère des réserves animalières et complexes côtiers dans la région, débordés par des annulations en cascade."On ne sait rien encore sur ce nouveau variant mais on envisage immédiatement le pire", regrette-t-il. 

Potentiellement très contagieux et aux mutations multiples, le variant B.1.1.529 a été détecté en Afrique du Sud, ont annoncé jeudi des scientifiques, qui ne savent pas encore quelle sera l'efficacité des vaccins pour lutter contre lui. 

Dans la soirée, Londres annonçait l'interdiction des vols en provenance de six pays d'Afrique australe.Vendredi, Singapour lui emboîtait le pas, puis l'Italie, l'Allemagne...

"La reprise commençait tout juste à se faire sentir", confirme Shelly Cox, co-fondatrice d'Africa Conservation Travel qui propose des itinéraires soucieux de l'environnement près des chutes Victoria, à la frontière Zimbabwe-Zambie, un des sites les plus visités de la région.

Ces dernières semaines, "il y avait beaucoup de réservations de dernière minute pour la période de Noël, on se réjouissait à l'idée que ce serait un meilleur mois de décembre que l'an dernier"...et patatras. 

Morongoe Khoboko, voyagiste à Johannesburg, n'a pas le temps de souffler."Depuis ce matin, c'est la folie.Tout le monde appelle pour annuler". 

Les clients sont désormais plutôt rodés aux à-coups de la pandémie: "Au lieu de se faire rembourser, la plupart opte pour un report  de leurs résas, pour les utiliser à une date ultérieure", nuance-t-elle auprès de l'AFP.

- L'Afrique bouc émissaire -

Pour Andre Van Kets, opérateur de safaris, la nouvelle est "un choc vif, soudain".Depuis octobre, et la réouverture des vols entre Grande-Bretagne et Afrique du Sud, le secteur fleurissait de nouveau.

"Le désir des voyageurs de sauter dans un avion était manifeste.Les réservations impressionnantes, on était vraiment optimistes".

"On était passé à la vitesse supérieure", détaille-t-il.Alors que son personnel travaillait à mi-temps et mi-salaire depuis en gros 18 mois, "tout le monde était enfin revenu à plein temps, on a même passé des annonces pour embaucher, la demande était telle", dit-il. 

Triste ironie du sort, son entreprise, Discover Africa, organise sa fête de fin d'année vendredi.Alors que 90% des clients sont britanniques et américains, M. Van Kets redoute que les Etats-Unis ne suivent maintenant le mouvement.

Les professionnels du tourisme trouvent l'amende lourde et injuste, alors que beaucoup de Sud-Africains continuent à porter des masques, à respecter les distances.En revanche, ils ne sont que 35% à être pleinement vaccinés, assurément beaucoup plus qu'ailleurs sur le continent, mais trop peu pour rassurer.

"Les étrangers revenaient tout doucement mais c'est vrai qu'on s'attendait à une quatrième vague en décembre", relativise Richard de la Rey.Il "peut comprendre que des gouvernements paniquent, mais il doit y avoir autre chose à faire que de tout fermer" comme ça, du jour au lendemain, "cela affecte nos libertés aussi", regrette-t-il. 

Les Sud-Africains, et l'Afrique en général, "jouent encore une fois le rôle de bouc émissaire", accuse le professionnel basé à Johannesburg.Grand fan de rugby, "je vois à la télé des stades remplis de dizaines de milliers de supporteurs.Pas de masque, de distanciation...mais c'est encore l'Afrique du Sud le problème?", interroge-t-il, désolé et furieux.