Ouganda : l'écrivain accusé d'insulte au président sera jugé en mars

AFRICA RADIO

7 février 2022 à 17h06 par AFP

Le procès de l'écrivain Kakwenza Rukirabashaija pour insulte au président ougandais et à son fils s'ouvrira le 23 mars, a annoncé lundi un tribunal de Kampala.

Arrêté le 28 décembre, ce jeune auteur critique du pouvoir avait été inculpé le 11 janvier de "communication offensante" envers le chef de l'Etat, Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 1986, et son fils, le général Muhoozi Kainerugaba, dans une série de publications sur Twitter. Selon son avocat, il avait finalement été libéré, sous caution, le 26 janvier, après avoir été maintenu en détention en dépit d'une décision de justice ordonnant sa remise en liberté. Agé de 33 ans, l'écrivain, qui dit avoir été torturé en prison, est apparu dans un entretien diffusé samedi par la télévision NTV Uganda, qui avait montré son dos barré de marques apparemment douloureuses, et des cicatrices sur d'autres parties de son corps. "Ils m'ont roué de coups avec des matraques, partout", y déclarait M. Rukirabashaija. Le juge Douglas Singiza, qui a fixé la date d'ouverture du procès de l'écrivain au 23 mars, a refusé d'assouplir les conditions posées à sa remise en liberté, qui incluent notamment une interdiction de parler à la presse. Le magistrat a mis en garde le prévenu en déclarant que chaque propos qu'il tient à la presse "exerce des pressions inutiles sur [le] tribunal". Dans un des messages de sa série de tweets visés par la justice, M. Rukirabashaija avait qualifié d'"obèse" et de "rouspéteur" le général Kainerugaba, que beaucoup voient comme le successeur de son père, âgé de 77 ans. Dans l'interview accordée à NTV, l'écrivain a déclaré avoir été contraint à danser des jours durant aux côtés d'autres prisonniers. Il a également décrit l'usage de pinces pour lui arracher des bouts de chair "sur [ses] cuisses, partout", ou l'injection de force et à plusieurs reprise d'une substance inconnue. Kakwenza Rukirabashaija a publié en 2020 "The Greedy Barbarian" (non traduit en français), roman satirique salué par la critique qui décrit un pays imaginaire gangréné par la corruption. Il a reçu en 2021 le Prix PEN Pinter, attribué chaque année à un auteur persécuté pour avoir exprimé ses convictions. Ces dernières années ont été marquées en Ouganda par des actes de répression contre des journalistes, des incarcérations d'avocats ou encore par le musellement de dirigeants de l'opposition. Lundi, l'Union européenne a appelé à une "enquête complète" sur les violations des droits de l'Homme dans le pays, s'inquiétant dans un communiqué de "la hausse importante des informations sur des cas de torture, d'arrestations arbitraires, de disparitions forcées, harcèlement et d'attaques contre des défenseurs des droits de l'Homme, des membres de l'opposition" ou des militants écologistes depuis plus d'un an.