« J’ai partagé avec lui toutes les périodes difficiles » : Pascal Affi N'Guessan se confie sur ses rapports avec Laurent Gbagbo

Par Lilianne Nyatcha

Pascal Affi N'Guessan

Quelques jours après le lancement officiel du nouveau parti de Laurent Gbagbo, le Parti des Peuples Africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI) à Abidjan, Pascal Affi N’Guessan est en France. L’actuel président du Front Populaire Ivoirien (FPI) a été interrogé par Lilianne Nyatcha sur ses rapports avec celui qui a été son compagnon de lutte durant de longue années.

Faut-il faire un rapprochement entre le lancement du PPA-CI et votre séjour en France ?

Simple coïncidence. Je suis là dans le cadre de l'Assemblée générale de l'Association Internationale des régions francophones qui a lieu à Lyon. J'en ai profité pour faire un tour à Paris. Évidemment cette assemblée n'a pas été programmée par rapport au congrès du parti M. Gbagbo.

Que dites-vous par rapport à la crise au sein du FPI qui s’est soldée par le retrait de Laurent Gbagbo du parti ?

Depuis le 9 août, Laurent Gbgabo ne fait plus partie du Front Populaire Ivoirien. Le FPI se lance donc en ce moment dans une nouvelle dynamique de clarification, de remobilisation et de préparation des échéances électorales de 2025.

Qu'est-ce que cela vous fait de voir que sa volonté annoncée de créer un nouveau parti est aujourd’hui une réalité ?

Evidemment, toute séparation a sa part de mélancolie, surtout lorsqu’on a travaillé pendant trente ans ensemble. Après un long moment de collaboration, je l’ai succédé à la tête du parti en 2001. Cela fait 20 ans aujourd’hui. J’ai partagé avec lui toutes les périodes difficiles que le FPI a connu, au pouvoir comme dans l'opposition. Nous avons aussi connu ensemble des moments de joie et de victoire.

Mais vous savez la vie politique est faite ainsi. On s’attend aux moments de rupture et d’association. Donc nous sommes face à de nouvelles problématiques avec des défis que nous devons relever, pour assurer la survie du FPI et sa capacité à reprendre le pouvoir dans les années à venir.

Vous semblez serein alors que Laurent Gbagbo a qualifié le FPI de coquille vide…

Oui, et cela n'engage que lui. Moi je crois que le temps nous permettra de savoir si le FPI est une coquille vide ou pas. Le congrès que nous organisons le 13 novembre prochain sera l'occasion pour nous et l'opinion de savoir ce que c'est que le Front Populaire Ivoirien aujourd'hui.

Mais que pèse-t-il sans Laurent Gbagbo ?

Il pèse le poids de la conviction de ses cadres, de la pertinence de son projet politique, de la noblesse des valeurs qui fondent ce parti, des valeurs de justice, de liberté, de démocratie, de fraternité et de progrès politique économique et social.

Il pèse l'expérience de tous les cadres, les victoires du passé. Il pèse tout une histoire de combat que partagent les militants qui n'ont pas envie d'abandonner.
Tout cela est un capital inestimable.

Vous avez toujours la conviction de pouvoir sauver l’héritage ?

Je crois que l’héritage est déjà sauvé. Depuis 10 ans que nous sommes dans cette crise, le parti aurait disparu sans sa capacité de résilience. Ce qui fait qu’aujourd'hui le départ de Laurent Gbagbo quoi qu’ayant contribué à la formation de ce parti n'ébranle pas l’organisation. Elle va continuer sa marche en avant.

Un des reproches qui vous ont été faits par ce qui était appelé FPI GOR (Gbagbo ou rien), c’était votre rapprochement du pouvoir en place. Est-ce que le FPI a encore une carte à jouer dans l’opposition aujourd’hui ?

Nous avons toujours été de l'opposition et ces accusations on voit bien que, c'était une manœuvre pour combattre un leadership politique. La preuve, est-ce que ce rapprochement comme ils le disent, a poussé M. Gbagbo à reprendre la guerre contre Alassane Ouattara ? Non, au contraire, il s’est rapproché de lui, il lui a parlé, il a sollicité la libération des prisonniers politiques.

C’est ce travail que nous avions commencé. Nous sommes et demeurons de l’opposition, une opposition de propositions, une opposition constructive qui travaillera toujours dans l’intérêt de la Côte d’Ivoire.

Seriez vous partant si les échéances électorales demandaient une alliance politique avec d’autres acteurs comme Simone Gbagbo, Charles Blé Goudé ou Laurent Gbagbo lui-même ?

Le paysage politique ivoirien est tellement fragmenté que les alliances sont incontournables. Il y a suffisamment de sujets qui peuvent donner lieu à des alliances, notamment les questions de réconciliation nationale, de démocratie, de la lutte contre le terrorisme qui se pointe à nos portes. Sur ces questions, nous sommes prêts à nous allier avec toutes les forces politiques qui veulent combattre pour que la Côte d’Ivoire retrouve sa stabilité.

Que vous inspirent les déclarations du porte-parole du gouvernement qui a rappelé que Laurent Gbagbo reste poursuivi dans l'affaire "du casse de la BCEAO" ?

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Interview Pascal Affi N'Guessan