"La violation des droits de l'Homme n'est pas une originalité africaine, c'est une réalité universelle" (Expert)

Arsène Touho, président du Think Tank "OID", l’Observatoire International des Questions de droit

30 juin 2022 à 14h11 par Lilianne Nyatcha / Africa Radio

Les droits de l'Homme sont de moins en moins respectés dans plusieurs pays . Aucune partie du monde n'est épargnée selon Arsène Touho, président du Think Tank "OID", l’Observatoire International des Questions de droit. La cérémonie de présentation officielle de ce groupe de réflexion a eu lieu il y a quelques jours à Paris. Lilianne Nyatcha s'entretient avec son président.

Vous affirmez que la création de ce groupe de réflexion international part du constat que les droits de l'homme sont de moins en moins respectés dans nos sociétés. Comment se traduisent ces violations des droits de citoyen ? 

Les violations sur les droits de l'homme à travers le monde sont multiples, la plupart sont des violations contre les individus par des groupes d’individus, et donc c’est pour cela que nous avons considéré qu’il faut continuer de multiplier les actions. Certes il y a déjà des routes qui existent pour ce combat, mais il faut toujours les multiplier, pour que le combat soit mené d’une façon plus efficace afin de pouvoir avancer dans ce combat-là. 

Pourquoi assiste-t-on de plus en plus aux violations des droits humains ? Comment expliquez-vous cela ? 

 Les causes sont multiples,mais nous considérons qu’il y a déjà la méconnaissance de la problématique des droits de l'Homme. Ils ne sont pas suffisamment promus. Nous considérons que cette problématique doit l’être davantage, aussi bien par les bénéficiaires que par les potentielles personnes qui les violent. Et d’autre part, il faut aussi contribuer à faire en sorte que les violations soient sanctionnées. Donc on suggère de participer à la promotion, à la sensibilisation mais aussi de multiplier les actions de dénonciation afin que les sanctions interviennent et que les personnes qui sont des potentiels dangers soient dissuadés par ces sanctions et ne franchissent pas le pas de la violation. 

Donc pour vous l'ignorance, l'impunité et le silence contribueraient à accentuer ces violations des droits de l'homme ? 

Tout à fait, quand vous prenez par exemple de l'actualité, on apprend aujourd'hui que le Qatar est en train d’interdire les relations sexuelles lors de la coupe du monde qui se déroulera dans ce pays.

Oui, effectivement, à partir de novembre prochain. Et il s'agit des relations sexuelles hors mariage. 

Comment vous pourrez vérifier par exemple que deux personnes qui sont dans une chambre d'hôtel vont avoir des rapports sexuels, si vous ne violez pas leur intimité ? 

 

 

Vous pensez peut-être à la pose de caméras ? 

C’est possible et ce serait un abus. La pose d’une caméra dans une chambre d’hôtel, c’est hors de  question. Ça ne peut pas exister, parce que le périmètre des chambres d'hôtel, c’est un périmètre privé, le temps de la location de la chambre. 

Donc nous voyons mal comment le Qatar peut arriver à vérifier, à contrôler les rapports que les gens ont dans leur chambre, s’ils ne violent pas le respect de la vie privée. C’est un exemple. 

C’est pour cela, que nous devons continuer à contribuer à faire mieux connaître les droits de l'homme, parce qu’ils ne sont pas assez promus. Plus le public sera informé, de l'existence et de la signification de ce droit, plus ils seront eux-mêmes les premiers gardiens de leurs droits et les premiers à agir justement pour la protection de ces droits. 

Votre Think Tank veut justement former, promouvoir et défendre les droits. Par quels moyens comptez-vous vous y prendre pour y arriver ? 

Le plan d'action est organisé en plusieurs phases graduelles. Dans un premier temps, nous considérons que les acteurs qui interviennent dans les droits de l’Homme, il faut leur concéder la bonne foi, donc nous allons agir dans le sens de la sensibilisation des Etats, de l’éducation nationale, afin de les accompagner dans le respect de leurs obligations concernant les droits de l'Homme. Et c’est lors de cette phase si les États échouent, ces " États bandits ou États délinquants" sur les droits de l'Homme que nous passons à la deuxième phase que nous appelons la phase de dénonciation à travers laquelle nous comptons agir en justice afin que la sanction intervienne derrière et qu’elle fasse exemple. 

Au niveau de la phase de sensibilisation, nous comptons agir à travers des séminaires, des colloques, des conférences avec des professionnels du droit, afin de pouvoir sensibiliser le public sur ces thématiques-là. 

Vous parlez de sensibilisation des Etats dont certains sont, vous-même vous l'avez dit, des délinquants en matière des droits de l'Homme. Vous venez de prendre l'exemple du Qatar. Dans plusieurs pays on observe que ce sont eux les États eux-mêmes ou les chefs d'État en place qui violent les droits des citoyens. 

Oui déjà nous comptons rappeler à ces états les engagements qu'ils ont pris concernant les droits humains, les textes internationaux de protection des droits de l'homme, auxquels les états font partie. 

Vous pensez qu’il y a violation parce qu'ils ne sont pas conscients de ces engagements ? 

Non non, ils sont conscients. Lorsqu’ils se comportent comme des personnes qui violent les droits de l’Homme, il faut leur rappeler d'abord leurs engagements, pour leur montrer que ce que nous demandons ce n'est pas un plaidoyer, c’est une exigence : les ramener à leurs engagements. Ce que nous demandons ce n'est pas une doléance mais c'est une exigence. Et puis ensuite, il faut faire monter la pression à travers des manifestations, à travers une convergence d'actions internationales pour isoler les Etats qui se comporteraient en délinquant ou en personne morale irresponsable vis-à-vis de leurs engagements. Les isoler non seulement de leurs citoyens, mais aussi de la communauté internationale. 

La violation des droits de l'Homme n'est pas une originalité africaine, c'est une réalité universelle. Donc vous voyez aujourd'hui avec ce qui se passe en Ukraine. Ce pays est devenu aujourd'hui un champ par excellence des violations des droits de l’Homme. On peut l'observer partout dans le monde lorsque par exemple des manifestants sont pourchassés en Chine. Par exemple, au Burkina Faso, le docteur Daouda Diallo, qui vient d’avoir son prix Martin Ennals à Genève fait l'objet de menaces de mort. 

Décryptage sur le respect des droits de l'Homme, de moins en moins respectés dans plusieurs pays