"Si les gens songeaient à mettre une base militaire française en Guinée, nous créerons un sentiment anti-français."(Militant)

Touré Mouloukou Souleymane, Coordonnateur du mouvement " Sékoutouréisme "

24 juin 2022 à 8h24 par Lilianne Nyatcha / Africa Radio

En Guinée, les rumeurs insistantes sur la création d'une base militaire française dans le pays ont abondamment circulé sur les réseaux sociaux. Elle a été telle que le " Mouvement Sékoutouréisme "a publié un communiqué pour mettre en garde le pouvoir de transition. Le chef d’état-major général des armées a cependant démenti ces rumeurs, qui sont selon lui "totalement infondées." Lilianne Nyatcha a joint à Conakry le coordonnateur du mouvement, Touré Mouloukou Souleymane.

Le chef d’état-major général des armées a démenti ces rumeurs, qualifiées de totalement infondées. Pour vous, le débat est-il clos ? 

Non, le débat ne saurait être clos quand ce genre de problème se pose, il faut davantage que les uns et les autres soient engagés pour faire la lumière sur la question. Mais d'abord ce que nous voulons ajouter, c’est que nous avons appris la nouvelle, nous en avons discuté longuement et personne n’a fait un démenti. Nous avons fait un communiqué mettant en garde le gouvernement de la transition disant clairement notre position par rapport à ce qui risque d'arriver, s'ils continuaient dans ce projet. 

C'est après cela que nous avons entendu les uns et les autres dire que ce n’était pas vrai. Lorsque ça arrive, nous ne pouvons pas taire la question, nous pouvons qu’être vigilants, davantage vigilants, et mettre une commission en place pour ne pas que cela arrive. 

Donc vous n'êtes pas convaincu par le démenti du gouvernement ? 

Nous avons fait un communiqué après la sortie du chef d'état-major pour dire que nous nous réjouissons de ce qu'il vient de dire. Mais dans ce même communiqué, nous demandons aux uns et aux autres, d'être encore davantage vigilants pour ne pas que ça arrive. Vous savez Madame, nous sommes dans un pays qui est un peu complexe, souvent il arrive que les autorités envoient des messages, envoient des rumeurs pour tâter le terrain pour voir effectivement ce qu'il peut faire ou sur quel pied danser. C'est la raison pour laquelle nous n'avons pas pris cela dans un cadre de rumeurs. On ne peut pas donner un chèque en blanc au gouvernement , déjà, c'est impossible, parce que vous savez comment ça fonctionne la politique. Ils ne peuvent que se défendre et nous, le communiqué que nous avons fait, c’était clair que le simple fait d'entendre ce genre de chose, nous indigne. Mais en tout cas nous nous sommes là-dessus : on met en garde le président de la transition, les membres du gouvernement, nous les mettons en garde, de ne jamais accepter ce genre de choses. 

 

 

Pourquoi êtes-vous si violemment opposé à un dispositif militaire français en Guinée, alors que des bases militaires françaises existent dans certains pays africains ? 

Quand on parle de la Guinée, on parle de la dignité, de la responsabilité, de l’honneur. Vous savez en 1958, il était prévu dans le projet de constitution qui a été proposé aux communautés par le général De Gaulle, que l'armée française allait être présente pour signer en tant que membre de la communauté, que l'école, l'université et consorts, allaient être à l'université française. Nous n'avons pas accepté cela, ce n'est pas maintenant que nous allons accepter d'envoyer une base militaire française chez nous. 

On ne peut pas l'accepter, envoyer une base militaire en Guinée, c'est comme si on colonisait toute l'Afrique. Parce que la Guinée à libéré l'Afrique, la Guinée s'est battue dans ce cadre. Imaginer qu'un pays comme la La Guinée, un pays qui a reçu Nkrumah , qui est libre, qui a libéré l’Angola, qui a reçu Nelson Mandela, qui était dans la lutte des libérations... Comment accepter qu'on mette une base militaire sur son territoire? Ce n'est pas imaginable. 

Donc en tant qu'africain, nous ne pouvons pas accepter cela et nous demandons à tous et à toutes, de nous envoyer des informations. Le mouvement "SékouTouréisme" va mettre une commission en place pour que nous puissions tabler sur la question, et préparer dès maintenant la conscience des autres pour que ce genre de choses n'arrive pas. 

Tout est partie de la visite en France du ministre délégué chargé de la défense nationale ; votre attitude face à ce que le gouvernement guinéen considère comme étant une rumeur, il faut le rappeler, ne peut-elle pas être interprétée comme un appel à la rupture totale, avec la France l'ancien pays colonisateur ? 

Non je m'en vais vous dire que je suis à la tête du  "SékouTourisme" depuis quatre ou cinq ans. Vous savez Madame, nous nous sommes battus pour la responsabilité et la légalité. Le président Sékou Touré, l’a dit et il l'a répété : entre la France et la Guinée il n’y aura pas de rupture. Il a donné l'exemple de l'usine chez nous qui existait même avant l’indépendance. C’est pour vous dire que le peuple de Guinée a toujours respecté le peuple français. Le président Ahmed Sékou Touré a toujours rendu hommage au général De Gaulle. Quand le Général De Gaulle est arrivé en Guinée le 25 août 1958, dans le discours que le président de l'assemblée du territoire a tenu, il a mentionné dans son discours le général, pour lui dire : « nous sommes convaincus d’être compris par vous, parce que vous avez symbolisé la dignité et la résistance française ». 

Donc, soyez convaincus qu'il y a des jeunes aussi qui sont capables de faire la même chose. Le problème, ce n’est pas le lien entre la Guinée et la France, le problème c’est la manière dont les choses sont gérées. Et quand on parle de la situation entre la France et la Guinée, on ne parle pas en tant que guinéen, on parle en tant qu’africain. Si les gens songeaient à mettre une base militaire française en Guinée, nous créerons un sentiment anti-français. Si vous voyez que nous sommes en train de dire que nous allons créer un sentiment anti-français, ça veut dire que pour l’instant, il n’existe pas ici.  Je ne vais pas mentir, ce n'est pas parce que nous avons vu le ministre de la Défense en France qui a irrité. Je viens vous dire que ces rumeurs existaient avant même le départ du ministre, mais nous sommes une fois de plus clairs là-dessus. Nous remercions le gouvernement pour cette précision que cela soit vrai ou pas, cela nous indigne d’entendre cela. Ça veut dire que de toute manière, on va se battre pour ne pas que cela arrive. 

Décryptage : des rumeurs insistantes sur la création d'une base militaire française en Guinée