Tunisie: le chef du parti Ennahdha interrogé par le pôle antiterroriste

AFRICA RADIO

19 juillet 2022 à 9h36 par AFP

Le chef du parti d'inspiration islamiste tunisien Ennahdha, Rached Ghannouchi, est arrivé mardi au pôle antiterroriste pour être interrogé par un juge d'instruction, quelques jours avant un référendum proposé par le président dont Ennahdha est la bête noire.

Plus d'une vingtaine de fourgons de sécurité stationnaient devant le siège de ce pôle spécialisé où environ 150 militants d'Ennahdha étaient rassemblés en soutien à leur leader, ont constaté des journalistes de l'AFP. Ses partisans ont acclamé son nom tandis qu'il entrait dans le bâtiment, en faisant le V de la victoire. "Stop Political Trials" (arrêtez les procès politiques), indiquaient en anglais et en arabe les pancartes brandies par les manifestants. M. Ghannouchi, 81 ans, fait l'objet depuis le mois de juin d'une enquête pour des soupçons de corruption et blanchiment d'argent liés à des transferts depuis l'étranger vers l'organisation caritative Namaa Tunisie, affiliée à Ennahdha. Dans le cadre de la même enquête, la justice tunisienne avait fait interpeller puis avait relâché le mois dernier l'ancien Premier ministre et dirigeant d'Ennahdha, Hamadi Jebali, qui reste soupçonné de "blanchiment d'argent" et devra comparaître le 20 juillet devant le pôle judiciaire. Début juillet, la justice a ordonné le gel des comptes bancaires de M. Ghannouchi et d'une dizaine de membres de sa famille et de son parti dans le cadre de cette enquête. Par ailleurs, le 27 juin, les autorités judiciaires ont interdit à M. Ghannouchi de voyager à l'étranger dans le cadre d'une autre enquête pour les assassinats en 2013 de deux dirigeants de gauche. Ennahdha et M. Ghannouchi ont rejeté toutes les accusations à leur encontre. La Tunisie traverse une profonde crise politique depuis le coup de force du président Kais Saied le 25 juillet 2021 qui avait suspendu le Parlement dominé par Ennahdha et limogé le gouvernement, faisant vaciller la balbutiante démocratie dans le pays berceau du Printemps arabe. M. Saied se trouve sous le feu d'intenses critiques de l'opposition pour l'avoir exclue d'un dialogue national sur une nouvelle Constitution qu'il prévoit de soumettre à référendum le 25 juillet. L'opposition dont principalement Ennahdha ainsi que des organisations de défense des droits humains l'accusent de vouloir faire adopter un texte taillé sur mesure pour lui et d'utiliser les institutions étatiques et judiciaires pour régler ses comptes politiquement.