Accusations de torture: la justice espagnole convoque un fils du président équato-guinéen

La justice espagnole a cité à comparaître un fils du président équato-guinéen, ainsi que deux autres responsables de la sécurité de ce pays, pour répondre d'accusations sur l'enlèvement et la torture de deux citoyens espagnols, indique un document judiciaire consulté mardi par l'AFP.

AFRICA RADIO

28 février 2023 à 13h36 par AFP

Un juge de l'Audience nationale, une haute juridiction madrilène spécialisée dans les affaires sensibles, a convoqué le 28 mars Carmelo Ovono Obiang, fils du président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo et chef du service de renseignement extérieur de ce pays, selon des informations révélées par le quotidien espagnol El País. Le magistrat a également convoqué deux autres hauts responsables de ce petit pays d'Afrique centrale: Nicolás Obama Nchama, ministre d'Etat et responsable de la sécurité intérieure, ainsi que le directeur général de la Sécurité présidentielle, Isaac Nguema Endo, d'après un document auquel l'AFP a eu accès. Ces trois personnes, présentées comme les trois plus hauts responsables de la sécurité de cette ancienne colonie espagnole, sont soupçonnées d'avoir kidnappé et torturé quatre opposants équato-guinéens, deux d'entre eux ayant aussi la nationalité espagnols, dont l'un est mort en janvier dans des circonstances non éclaircies. Citant des sources judiciaires, El País indique que les avocats de ces trois responsables équato-guinéens ont recours à des "manoeuvres dilatoires" pour éviter d'avoir à répondre à la convocation du juge Santiago Pedraz. Fin décembre, Carmelo Ovono Obiang avait été localisé dans un grand hôtel de Madrid, mais le même juge de l'Audience nationale avait renoncé à demander à la police de l'arrêter pour l'interroger, se contentant de l'informer de la plainte déposée à son encontre, affirme El País. L'intéressé avait alors immédiatement quitté l'Espagne pour retourner en Guinée-Equatoriale, dont le régime est réputé pour être l'un des plus autoritaires du monde. Fin janvier, la justice espagnole avait réclamé le rapatriement du corps de ce dernier, Julio Obama Mefuman afin de pouvoir procéder à une autopsie, mais sans résultat jusqu'à présent. Le gouvernement équato-guinéen affirme que l'opposant est mort "dans un hôpital (...) des suites d'une maladie dont il souffrait". Mais le Mouvement pour la Libération de la Troisième République de Guinée équatoriale (MLGE3R), mouvement d'opposition en exil en Espagne auquel Julio Obama Mefuman appartenait, affirme qu'il a été torturé et est décédé dans une prison de ce petit pays. Teodoro Nguema Obiang Mangue, un autre fils du chef de l'Etat qui est aussi vice-président de la Guinée Equatoriale, avait accusé l'Espagne d'"ingérence" après l'ouverture de cette enquête. Selon El País, qui a eu accès à des rapports de la police espagnole, les quatre opposants auraient été kidnappés fin 2019 au Soudan du Sud et emmenés de force à Malabo, la capitale de la Guinée Equatoriale. Ils auraient ensuite été soumis à des séances répétées de torture, en présence des trois hauts responsables visés par l'enquête. Selon El País, qui citait en janvier les récits de "deux témoins protégés" et les rapports d'enquête de la police, ces trois responsables auraient même "participé" à ces séances. La Guinée équatoriale est dirigée depuis 1979 par Teodoro Obiang, 80 ans, qui détient le record mondial de longévité au pouvoir pour un chef d'Etat en exercice, hors monarchies.