703 hommes, 112 femmes, 40 genres inconnus et une personne transgenre : tous sont morts dans la rue ou dans des structures d’hébergement en 2024. Elina Dumont, dans sa robe jaune enveloppée de dentelle, s’indigne de cette liste de défunts. La voix rauque, gonflée par l’émotion, elle répète : "Non mais vous vous rendez compte de ce que ça veut dire ?" à cette foule, aux élus et aux journalistes rassemblés au parc de Belleville, mardi 20 mai, lors de cet hommage national préparé par le Collectif Les Morts de la Rue.
"Vivre à la rue… ça veut dire la mort"
De main en main se transmet le micro, d’élus aux présidents d’associations. À leur tour, ils récitent noms, prénoms, surnoms, lieux de décès et âges lorsqu’ils sont connus. Sinon, ils rendent hommage à : un homme, une femme, un bébé ou une personne non identifiée.
Parfois il faut plusieurs mois avant que l'association se rende compte de la mort d'une personne sans chez-soi.//Aurélie Lafeil
Assis sur les marches de l’arène, dans les hauteurs du parc, Jean-Marc écoute attentivement le recensement. Membre de l'association Les Enfants du Canal, il a "l’impression" — enfin, il "espère" — que "les élus sont m[is] devant leurs responsabilités".
Les causes des décès souvent inconnues
Abasourdie et en colère, Bérangère Grisoni, présidente du Collectif, se dit "vraiment très pessimiste et inquiète" face à cette situation. D’épaisses mèches de cheveux grises tombent sur son visage. Elle observe une augmentation du nombre de décès "de 200 personnes" comparée à 2023. Un chiffre sans doute sous-estimé selon elle. Elle évoque de son côté plusieurs "milliers de décès par an".
La moyenne d’âge du décès est "terriblement basse". L’Inserm observe un écart de 30 ans entre la moyenne nationale et celle des personnes vivant à la rue. Elles ont une espérance de vie de 48 ans.
//Aurélie Lafeil
Une des principales causes soulevées par la présidente est la crise du logement, "le manque crucial d’hébergements et de structures d’accompagnement dignes et humaines". "Il faut mettre les moyens nécessaires pour produire des logements sociaux", "que vraiment l’État mette les moyens", souligne-t-elle.
une longue énumération qui donne un visage au disparu
Un peu à l’écart des prises de parole, Nadia-Jane Hua fume une cigarette, assise en tailleur. Elle a rejoint le collectif en tant que volontaire pour un service civique.
Cet événement dépasse, selon elle, "le classique 'c’est triste, ils sont morts'". C’est un "constat", qui incite à réfléchir, une longue énumération qui donne un visage au disparu.
À lire : [Reportage] Paris. Des blessés et des interpellations : au cœur de l'évacuation de la Gaîté Lyrique
Drame quotidien : vivre à la rue, tue https://t.co/InM6LcVlDF
— Bérangère Grisoni (@BeGrisoni) May 5, 2025
"Vivre à la rue… ça veut dire la mort", finit-elle par lâcher. "Le manque de sécurité, le manque de ressources, le manque de connexion" tuent.
Comme un seul homme, la foule descend de l’estrade, une fleur à la main. Une femme, les yeux humides, serre une rose contre sa poitrine. Sa robe, un mandala coloré, se marie avec les rubans rose, vert, rouge et bleu, auxquels sont suspendues les identités des défunts.
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