La Guinée-Bissau replonge dans la tourmente. Le coup d’État mené mercredi 27 novembre par les militaires s’accompagne d’une justification lourde : la menace d’une déstabilisation orchestrée, selon eux, par des « barons de la drogue ». Un argument loin d’être anodin dans ce petit État d’Afrique de l’Ouest, marqué depuis des décennies par les coups de force, les rivalités internes… et un trafic de cocaïne florissant.
À Bissau, les signes extérieurs de richesse trahissent souvent les circuits parallèles : 4x4 rutilants, villas surgies du jour au lendemain, fortunes écloses sans activité déclarée. Pour de nombreux observateurs, la drogue s’est immiscée partout — dans les partis, dans les forces de sécurité, jusque dans les campagnes électorales.
Une économie parallèle tentaculaire
Selon l’Observatoire des économies illicites (GI-TOC), la Guinée-Bissau est devenue un rouage essentiel du transit de cocaïne entre l’Amérique latine et l’Europe. Un marché « en pleine expansion ». Dans les rues de Bissau, trafiquants colombiens et véhicules de luxe circulent sans discrétion. L’ONG parle d’une « économie de la cocaïne » désormais imbriquée dans le système politique.
La pauvreté — plus d’un quart des habitants sous le seuil en 2023 — alimente cette fragilité. Et les campagnes électorales voient apparaître, comme par magie, des flottes de SUV neuves pour certains partis.
Des complicités au sommet
De hauts responsables militaires et administratifs ont été cités dans plusieurs dossiers. Le fils de l’ancien président Malam Bacai Sanha a été condamné aux États-Unis en 2024 pour trafic d’héroïne. Quant au général Antonio Indjai, recherché par Washington pour ses liens avec les Farc colombiennes, il n’a jamais été extradé.
Mais en coulisses, le climat change : la coopération policière s’est renforcée avec le Brésil, la Colombie, le Venezuela ou encore les États-Unis. En avril, quatre trafiquants latino-américains ont ainsi été remis à la DEA après leur condamnation.
Une menace régionale
L’Afrique de l’Ouest reste une plaque tournante majeure selon l’ONUDC : cocaïne, routes maritimes ou terrestres, et désormais dérivés locaux comme le kush ou le crack, qui frappent la Guinée et la Sierra Leone. Dans ce contexte explosif, la Guinée-Bissau apparaît plus vulnérable que jamais, prise entre ambitions politiques et intérêts criminels.
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