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Au Soudan en crise, les anti-putsch promettent un "séisme" aux généraux

Par deux fois dans leur histoire, un 6 avril, les Soudanais ont renversé des dirigeants arrivés par un putsch.Mercredi, les pro-démocratie appellent à réitérer l'exploit dans un pays en crise depuis le coup d'Etat mené en octobre par le chef de l'armée.

AFRICA RADIO

6 avril 2022 à 8h36 par AFP

Khartoum (AFP)

Le 6 avril 1985, la rue poussait l'armée à évincer le président Jaafar al-Nimeiri, lui-même un ancien officier.Le 6 avril 2019, la foule entamait un nouveau sit-in et forçait encore une fois les généraux à mettre quelques jours plus tard un point final à trois décennies de dictature du général Omar el-Béchir.

Pour ce nouveau 6 avril, la rue conspue le général Abdel Fattah al-Burhane.Cet ancien commandant de l'armée de terre de Béchir a mis brutalement fin en octobre à la fragile transition vers la démocratie qu'il avait promis de mener main dans la main avec les civils.

- "Plus jamais de putsch" -

"C'est un jour important, on veut dégager les putschistes et ne plus jamais vivre de coup d'Etat" au Soudan, explique à l'AFP Badoui Bachir, qui manifestera à Khartoum.

"J'espère que beaucoup de gens participeront, même s'il fait très chaud et que c'est ramadan", un mois de jeûne très suivi dans ce pays musulman, ajoute-t-il. 

Sur les réseaux sociaux, les militants n'en finissent plus d'annoncer "la tempête du 6 avril" ou encore "le séisme du 6 avril" pour en finir avec les généraux - quasiment toujours au pouvoir depuis l'indépendance il y a 66 ans - et surtout la vie chère, avec une livre soudanaise en chute libre et une inflation à plus de 250%.

"Avril est le mois des victoires pour les Soudanais", s'enthousiasme déjà Jaafar Hassan, des Forces de la liberté et du changement (FLC), coalition civile anti-Béchir qui n'a cessé de se diviser après avoir conquis sa place au gouvernement en 2019 - jusqu'à voler en éclats avec le putsch. 

"Nous devons renverser ces putschistes, nous devons sortir de cette crise", martèle encore M. Hassan.

Car depuis le 25 octobre, la crise au Soudan - l'un des pays les plus pauvres au monde brièvement sorti de décennies d'embargo après la chute de Béchir - ne fait qu'empirer chaque jour.

La répression des manifestants anti-putsch a déjà fait 93 morts et des centaines de blessés, les rafles continuent dans les milieux militants et jusque parmi les anciens ministres et l'Etat a perdu en rétorsion toute son aide internationale et donc 40% de son budget.

- Expulser l'ONU?-

Depuis, le prix du pain a flambé, celui de l'électricité a été multiplié par six et celui de l'essence ne varie désormais plus d'un jour à l'autre mais d'une heure à l'autre.

D'ici la fin de l'année, estime l'ONU, près de la moitié des 45 millions de Soudanais seront en insécurité alimentaire.

En parallèle, le vide sécuritaire créé par le putsch a favorisé une résurgence de la violence, avec des pillages, des affrontements tribaux, des attaques armées et des viols dans différentes régions que la transition démocratique devait sortir de la violence.

Le général Burhane, lui, continue de soutenir qu'il ne "remettra le pouvoir qu'à une autorité de confiance et élue qui conviendra à l'ensemble du peuple"...tout en menaçant d'expulser l'émissaire de l'ONU qui plaide pour un dialogue en vue d'un retour au partenariat militaires-civils.

En face, chez les civils, l'idée d'une nouvelle alliance avec les militaires a fait long feu.

Nombreux sont les Soudanais qui rappellent qu'en juin 2019, alors que les pro-démocratie voulaient un pouvoir civil et non les généraux qui avaient remplacé Béchir, des hommes en treillis avaient tué au moins 128 manifestants. 

"Nous avons essayé le partenariat avec les militaires et il a échoué jusqu'à aboutir au putsch, nous ne ferons pas deux fois la même erreur", affirme M. Hassan, des FLC.