Algérie: menacé de mort, un islamologue de renom porte plainte

Par AFP

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Un islamologue de renom algérien, Saïd Djabelkhir, a été menacé de mort après avoir été condamné pour "offense à l'islam" et va porter plainte, a indiqué lundi à l'AFP un de ses avocats.

"Nous allons déposer une plainte auprès du procureur du tribunal (algérois) de Sidi M'hamed pour menaces de mort, diffamation et incitation à la haine", a déclaré Me Moumen Chadi."Saïd Djabelkhir a reçu plusieurs messages de menaces sur Facebook", a ajouté Me Chadi, en précisant que de nombreux comptes étaient anonymes mais que quatre étaient "identifiables".Interrogé par l'AFP, M. Djabelkhir, un chercheur de 53 ans, a dit "ne plus se sentir en sécurité". "S'il m'arrive quelque chose, chacun assumera la responsabilité qui lui incombe", a affirmé ce spécialiste du soufisme, un courant mystique et ésotérique de l'islam.Accusé d'"offense aux préceptes de l'islam", le chercheur a été condamné le 22 avril à trois ans de prison ferme, sans mandat de dépôt, par un tribunal d'Alger. Il a été poursuivi par un collègue universitaire, soutenu par sept avocats."J'ai reçu des messages me menaçant et me disant: +Nous attendons ton arrivée en prison pour te régler ton compte+", a-t-il expliqué. "Depuis le dépôt de la plainte contre moi en janvier 2020, je reçois régulièrement sur ma messagerie privée, sur Facebook, des messages contenant des menaces directes de mort", a ajouté M. Djabelkhir, auteur de deux ouvrages connus traitant de la religion.Ces messages, parfois accompagnés de sa photo et de son adresse, appellent à le décapiter, à l'égorger ou le lapider, toujours selon le chercheur.M. Djabelkhir a fait appel de sa condamnation et promis de poursuivre son "combat pour la liberté de conscience".Il lui est notamment reproché d'avoir écrit, sur Facebook en janvier 2020, que le sacrifice du mouton -- tradition musulmane -- existait avant l'avènement de l'islam. Il avait également affirmé que certains récits du Coran ne sont pas des faits historiques mais destinés à transmettre des valeurs morales.L'exégète s'est défendu d'avoir "porté atteinte à l'islam", religion d'Etat en Algérie, assurant qu'il avait seulement fait part de "réflexions académiques".La loi algérienne punit de trois à cinq ans d'emprisonnement et/ou d'une amende "quiconque offense le prophète ou dénigre le dogme ou les préceptes de l'islam, que ce soit par voie d'écrit, de dessin, de déclaration ou tout autre moyen".