Aqmi en 2010: la carte des otages

31 décembre 2010 à 9h02 par La rédaction

PARIS (AFP)

Menaçant la France depuis des années les jihadistes algériens et sahéliens d'Al-Qaïda, à défaut de parvenir à monter un attentat dans l'hexagone, ont réussi en 2010 un coup d'éclat avec l'enlèvement au Niger en septembre de cinq ressortissants français.

Les combattants d'Al-Qaïda au maghreb islamique (Aqmi) ont ainsi parachevé leur ralliement au jihad global, prôné par Oussama ben Laden depuis sa cachette dans la zone frontalière pakistano-afghane, et mis Paris dans une position difficile en avançant des exigences quasiment impossibles à satisfaire.

Ils demandent le retrait de l'armée française d'Afghanistan et renvoient au chef d'Al-Qaïda lui-même (comme s'il pouvait être contacté...) pour négocier le sort des otages du désert.

La montée des périls dans la région, avec le renforcement d'Aqmi et la multiplication de ses diatribes anti-françaises, avait été signalée de longue date.

A Noël 2007, quatre touristes français sont tués en Mauritanie par des tireurs affiliés à Al-Qaïda.L'ambassade de France à Nouackchott est ensuite la cible d'un kamikaze qui se fait exploser devant sa porte.Enlèvements de touristes ou d'humanitaires et assassinats d'Occidentaux se multiplient.

A l'automne 2009 Romain Serman, conseiller chargé de l'Afrique à l'Elysée, estime, lors d'une réunion à Paris avec des responsables américains dont le compte-rendu a été révélé par Wikileaks, que "le terrorisme est virtuellement à nos portes".

Pour Jean-Pierre Filiu, professeur à Sciences-Po et auteur notamment des "Neuf vies d'Al-Qaïda", "Aqmi a confirmé en 2010 sa tendance à basculer vers le Sud et le Sahel ses opérations terroristes, qu'elle n'a pu projeter au nord de la Méditerranée et qui sont relativement circonscrites en Algérie".

"Les commandos d'Aqmi au Sahara n'ont pas été en mesure d'opérer un attentat réussi (...) et c'est la prise d'otages occidentaux qui est devenue leur activité principale", ajoute-t-il."Cette logique de médiatisation de la terreur et de chantage collectif est encouragée par Oussama Ben Laden lui-même".

S'exprimant directement, via un enregistrement audio diffusé le 27 octobre, le chef d'Al-Qaïda s'adresse directement à la France: "La prise en otages de vos experts au Niger, qui étaient sous la protection de vos agents, est intervenue en réaction à l'injustice dont vous faites preuve à l'égard de notre nation islamique".

"Tout comme vous tuez, vous êtes tués.Tout comme vous prenez des prisonniers, vous êtes pris en otages.Comme vous menacez notre sécurité, nous menaçons votre sécurité", tonne-t-il.

Si ces enlèvements ont permis à Al-Qaïda de réussir une nouvelle offensive médiatique, ils ne doivent pas dissimuler le fait que "le jihad global est en voie de disparition", estime le criminologue Xavier Raufer.

Citant la base documentaire du Département de recherches sur les menaces criminelles contemporaines de l'Institut de criminologie de Paris, il explique que du 1er janvier à la fin octobre 2010 "1.045 attentats graves ont été commis, mais 997 ont frappé les trois champs de bataille planétaires: Afghanistan/Pakistan, Irak, Somalie/Ouganda".

"Moins de 5% des attentats jihadistes ont été perpétrés ailleurs dans le monde, hors guerre civile ou résistance à l'occupation militaire", poursuit-il."Dès lors et dans les faits, il est clair que le jihad planétaire n'existe plus".

Pour l'Américain Peter Bergen, de la New America Foundation, les perspectives d'un succès global pour Al-Qaïda semblent également de plus en plus éloignées."Ben Laden ne cesse d'allonger la liste de ses ennemis", écrit-il.